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Page:Verne - Hector Servadac, Tome 1.pdf/223

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d’origine, il se faisait mahométan dans les provinces mahométanes, lorsque son profit l’exigeait, chrétien au besoin en face d’un catholique, et il se fût fait païen pour gagner davantage.

Ce juif se nommait Isac Hakhabut, et il était de Cologne, c’est-à-dire Prussien d’abord, Allemand ensuite. Seulement, ainsi qu’il l’apprit au capitaine Servadac, il voyageait pour son commerce pendant la plus grande partie de l’année. Son vrai métier, c’était celui de marchand caboteur de la Méditerranée. Son magasin — une tartane de deux cents tonneaux, véritable épicerie flottante — transportait sur le littoral mille articles variés, depuis les allumettes chimiques jusqu’aux enluminures de Francfort et d’Épinal.

Isac Hakhabut, en effet, n’avait pas d’autre domicile que sa tartane la Hansa. Ne possédant ni femme ni enfants, il vivait à bord. Un patron et trois hommes d’équipage suffisaient à la manœuvre de ce léger bâtiment qui faisait le petit cabotage sur les côtes d’Algérie, de Tunisie, d’Égypte, de Turquie, de Grèce, et dans toutes les Échelles du Levant. Là, Isac Hakhabut, toujours bien approvisionné de café, de sucre, de riz, de tabac, d’étoffes, de poudre, etc., vendait, échangeait, brocantait, et, en fin de compte, gagnait beaucoup d’argent.

La Hansa se trouvait précisément à Ceuta, à l’extrémité de la pointe marocaine, lorsque se produisit la catastrophe. Le patron et ses trois hommes, qui n’étaient pas à leur bord dans la nuit du 31 décembre