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Page:Verne - Hector Servadac, Tome 1.pdf/222

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Mais aussitôt le renégat, époumonné, hors de lui, se précipita vers l’officier d’état-major, et, s’exprimant en français, cette fois, quoique avec un fort accent tudesque :

« Ah ! monsieur le gouverneur général ! s’écria-t-il, les coquins veulent me voler mon bien ! Mais, au nom de l’Éternel, vous me ferez rendre justice ! »

Cependant, le capitaine Servadac regardait Ben-Zouf, comme pour lui demander ce que signifiaient cette qualification honorifique dont on le gratifiait, et l’ordonnance, d’un mouvement de tête, semblait dire :

« Eh ! oui, mon capitaine, c’est bien vous qui êtes le gouverneur général ! J’ai arrangé cela ! »

Le capitaine Servadac fit alors signe au renégat de se taire, et celui-ci, courbant humblement la tête, croisa ses bras sur sa poitrine.

On put alors l’examiner à l’aise.

C’était un homme de cinquante ans qui paraissait en avoir soixante. Petit, malingre, les yeux vifs mais faux, le nez busqué, la barbiche jaunâtre, la chevelure inculte, les pieds grands, les mains longues et crochues, il offrait ce type si connu du juif allemand, reconnaissable entre tous. C’était l’usurier souple d’échine, plat de cœur, rogneur d’écus et tondeur d’œufs. L’argent devait attirer un pareil être comme l’aimant attire le fer, et, si ce Schlylock fût parvenu à se faire payer de son débiteur, il en eût certainement revendu la chair au détail. D’ailleurs, quoiqu’il fût juif