Ouvrir le menu principal

Page:Verne - César Cascabel, 1890.djvu/83

Cette page a été validée par deux contributeurs.
72
césar cascabel.

biens. La température s’élevait graduellement, et on s’en fut aperçu rien qu’aux moustiques, qui ne tardèrent pas à devenir insupportables. Il était bien difficile de leur interdire l’entrée de la Belle-Roulotte, même avec la précaution de n’y tenir aucune lumière, dès que la nuit était venue.

« Maudites bêtes ! s’écria un jour M. Cascabel, venant de soutenir une lutte inutile contre ces agaçants insectes.

— Je voudrais bien savoir à quoi servent ces vilaines mouches ? demanda Sandre.

— Elles servent… à nous dévorer… répondit Clou.

— Et surtout à dévorer les Anglais de la Colombie ! ajouta M. Cascabel. Aussi, enfants, défense formelle d’en tuer une seule ! Il n’y en aura jamais trop pour messieurs les English, et c’est ce qui me console ! »

Pendant cette partie du voyage, la chasse fut extrêmement fructueuse. Le gibier se montrait fréquemment, et plus particulièrement les daims, qui descendaient des forêts jusque sur la plaine, afin de s’abreuver aux eaux vives du Frazer. Toujours accompagné de Wagram, Jean put en abattre quelques-uns, sans même avoir besoin de s’éloigner plus qu’il n’eût été prudent ― ce qui aurait inquiété sa mère. Quelquefois Sandre allait chasser avec lui, heureux de faire ses premières armes sous la direction de son grand frère, et il eût été difficile de dire quel était le plus leste et le plus rapide à la course du jeune chasseur ou de son épagneul.

Cependant, Jean n’avait encore à son actif que quelques daims, lorsqu’il fut assez heureux pour tuer un bison. Ce jour-là, par exemple, il courut là de réels dangers, car la bête, blessée seulement de son premier coup de feu, revint sur lui, et d’un second coup envoyé dans la tête de l’animal, il ne parvint à l’arrêter qu’au moment où il allait être renversé, piétiné, éventré. Comme on le pense bien, il se dispensa de donner des détails sur cette affaire. Mais, ce haut fait s’étant accompli à quelques centaines de pas de la rive du Frazer, il fallut dételer les chevaux pour aller traîner l’énorme bête, qui ressemblait à un lion avec son épaisse crinière.