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Page:Verne - César Cascabel, 1890.djvu/76

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suite du voyage

VI

suite du voyage

Pour la première fois, M. Cascabel, ennemi naturel et irréductible de l’Angleterre, allait mettre le pied sur une terre anglaise ! Pour la première fois, sa sandale allait fouler le sol britannique et se souiller de poussière anglo-saxonne ! Que le lecteur nous pardonne cette manière emphatique de nous exprimer : mais, très certainement, c’était la forme quelque peu ridicule, sous laquelle cette pensée devait s’offrir à ce cerveau de saltimbanque, si tenace dans des haines patriotiques qui n’ont plus raison d’être.

Et, pourtant, la Colombie n’était point en Europe. Elle n’appartenait pas à ce groupe que l’Angleterre, l’Écosse et l’Irlande constituent sous la dénomination de Grande-Bretagne. Mais elle n’en était pas moins anglaise au même titre que les Indes, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, et, comme telle, elle répugnait à César Cascabel.

La Colombie anglaise fait partie de la Nouvelle-Bretagne, l’une des plus importantes colonies d’outre-mer du Royaume-Uni, puisqu’elle renferme la Nouvelle-Écosse, le Dominion, formée du Haut et Bas Canada, ainsi que les immenses territoires concédés à la compagnie de la baie d’Hudson. En largeur, elle va d’un océan à l’autre, des côtes du Pacifique à celles de l’Atlantique. Au sud, elle est limitée par la frontière des États-Unis, qui s’étend depuis le Territoire de Washington jusqu’au littoral de l’État du Maine.

C’est donc bien une terre anglaise, et les nécessités de son itinéraire ne permettaient pas à la famille de l’éviter. Tout compté, il n’y avait que deux cents lieues environ à faire pour traverser la Colombie avant d’atteindre la pointe méridionale de l’Alaska, c’est-