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Page:Verne - César Cascabel, 1890.djvu/445

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césar cascabel.


— Pourquoi pas, madame Cascabel ? répondit M. Serge.

— Et comment ?…

— En la donnant pour femme à votre fils ! »

Quel effet produisirent ces paroles du comte Narkine — effet plus grand, à coup sûr, que tous ceux que M. Cascabel avait pu obtenir dans sa brillante carrière !

Jean était fou de bonheur, il baisait les mains de M. Serge, qui pressait Kayette sur son cœur. Oui, elle serait la femme de Jean, et n’en serait pas moins la fille adoptive du comte ! Et M. Serge le garderait près de lui, car il voulait l’attacher à sa personne ! M. et Mme Cascabel auraient-ils jamais pu rêver un plus bel avenir pour leur fils ? Quant à accepter du comte Narkine autre chose que l’assurance de son amitié, tous deux ne voulaient point y consentir. Ils avaient un bon métier, ils le continueraient…

C’est alors que le jeune Sandre s’avança, et, la voix un peu émue, mais les yeux pleins de malice :

« À quoi bon, père ?… Nous sommes riches, et nous n’aurons plus besoin de travailler pour vivre ! »

Et le gamin tirait triomphalement de sa poche la pépite qu’il avait ramassée dans les forêts du Caribou.

« Où as-tu trouvé cela ? » s’écria M. Cascabel, qui avait pris la précieuse pierre.

Sandre raconta ce qui s’était passé.

« Et tu ne nous en as rien dit ?… s’écria Cornélia. Et tu as pu garder ce secret ?…

— Oui… mère, quoique ça n’ait pas été sans peine !… Je voulais vous en faire la surprise, et ne vous apprendre que nous sommes riches qu’après notre arrivée en France !

— Ah ! l’adorable enfant ! s’écria M. Cascabel. Eh bien, monsieur Serge, voilà une fortune qui arrive à propos !… Regardez !… C’est bien une pépite !… C’est bien de l’or… et il n’y aura qu’à la changer… »

Le comte Narkine avait pris le caillou, il l’examinait avec atten-