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Page:Verne - César Cascabel, 1890.djvu/427

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césar cascabel.

gendarmes apparaissaient au moment où tout semblait perdu, et lorsqu’ils mettaient la main au collet du traître, la salle croulait sous les applaudissements.

À n’en pas douter, cette pièce eût été écrite d’un style simple, ferme, personnel, respectueux de la grammaire, dégagé de ces néologismes prétentieux, de ces expressions documentaires, de ces mots réalistes de la nouvelle école — si elle eût été écrite. Mais elle ne l’était pas. Aussi cette pantomime pouvait-elle se jouer sur tous les théâtres comme sur tous les tréteaux des deux mondes. Immense avantage de ces pièces simplement mimées, sans parler des fautes grammaticales et autres, qui sont facilement évitées dans ce genre de littérature.

On a dit plus haut : Il n’aurait pas fallu demander à César Cascabel, etc. C’est que César Cascabel, en effet, était l’auteur de ce chef-d’œuvre forain. Chef-d’œuvre est le mot, puisque, tant dans l’Ancien que dans le Nouveau Continent, il en était à sa trois mille cent soixante-dix-septième représentation. On ne connaît que l’Ours et la Sentinelle du cirque Franconi — le plus grand succès connu dans les annales dramatiques, — qui ait dépassé ce chiffre. Mais, très certainement, la valeur littéraire de cette œuvre olympique est inférieure à celle des Brigands de la Forêt Noire.

D’ailleurs, cette pièce avait été faite pour mettre en relief les talents spéciaux de la troupe Cascabel, talents si réels, si variés, que jamais un tel ensemble d’artistes n’avait été présenté au public par un directeur de troupe sédentaire ou ambulante.

Les maîtres du drame contemporain ont très justement formulé ce principe : « Au théâtre, il faut toujours faire rire ou pleurer, ou l’on bâille. » Eh bien ! si tout l’art du dramaturge est là, les Brigands de la Forêt Noire méritent cent fois cette qualification de chef-d’œuvre. On y rit aux larmes, et on y pleure — aux larmes aussi. Il n’y a pas une scène, ni une partie de scène, où le spectateur le plus indifférent éprouve le besoin d’ouvrir la bouche pour bâiller. Et même, dans le cas où il serais pris d’un bâillement, provenant de quelque