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Page:Verne - César Cascabel, 1890.djvu/425

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césar cascabel.


M. Cascabel se releva d’un bond, et sa chaise, repoussée d’un pied vigoureux, alla retomber sur les dernières banquettes du cirque. Il tournait et retournait, il se démenait, et prestement il envoya le coup de pied traditionnel à Clou-de-Girofle, qui, n’étant pas à la réplique cette fois, le reçut en plein à la place non moins traditionnelle… Son maître était-il donc devenu fou ?…

« Eh ! monsieur patron, s’écria Clou, nous ne sommes pas à la parade !

— Si… nous y sommes, à la parade ! s’écria M. Cascabel. Jamais nous n’y avons tant été, à la parade, et à la grrrande parade des grrrands drrrimanches ! »

Clou n’avait qu’à s’incliner devant cette réponse — ce qu’il fit en se frottant les reins, car le coup de pied avait véritablement été un coup de pied des grrrands jours !

Mais alors M. Cascabel, ayant repris son sang-froid, vint à lui et d’un ton mystérieux :

« Clou, tu es un garçon discret ?… dit-il.

— Certes, monsieur patron !… Je n’ai jamais rien dit des secrets qui m’étaient confiés… à moins que…

— Chut !… Assez !… Tu vois cette lettre ?

— La lettre du moujik ?…

— Elle-même !… S’il arrive de dire à qui que ce soit que je l’ai reçue…

— Bon !

À Jean, à Sandre ou à Napoléone…

— Bien !

— Et surtout à Cornélia, mon épouse, je te jure que je te ferai empailler…

— Vivant ?…

— Vivant… pour que tu le sentes, imbécile ! »

Et, devant cette menace, voilà que Clou se met à trembler de tous ses membres.

Puis, M. Cascabel, le prenant par l’épaule, lui murmura à l’oreille d’un ton de fatuité superbe et transcendante :