Ouvrir le menu principal

Page:Verne - César Cascabel, 1890.djvu/424

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
411
une longue journée.


Un quart d’heure après, au moment où Clou se disposait à retourner à la Belle-Roulotte, M. Cascabel parut à l’entrée de la piste, plus énervé, plus anxieux que jamais.

« Monsieur patron ? dit Clou.

— Eh bien ?…

— J’ai reçu une lettre.

— Une lettre ?…

— Oui, une lettre qui vient d’être apportée…

— Pour moi ?

— Pour vous.

— Par qui ?…

— Par un moujik.

— Un moujik ?…

À moins que ce ne soit pas un moujik ! »

M. Cascabel saisit la lettre que lui tendait Clou, et, après avoir reconnu l’écriture de M. Serge sur l’adresse, il devint si pâle que son fidèle serviteur s’écria :

« Monsieur patron, qu’avez-vous ?…

— Rien ! »

Que disait M. Serge dans cette lettre ?… Pourquoi écrivait-il à M. Cascabel ?… Évidemment, pour l’informer des motifs qui l’avaient empêché de revenir à Perm pendant la nuit !… Était-il donc en état d’arrestation ?…

M. Cascabel ouvrit la lettre, se frotta l’œil droit, puis l’œil gauche, et la lut d’un trait.

Quel cri lui échappa alors — un de ces cris qui sortent des larynx à demi-étranglés ! La figure convulsée, les yeux blancs, la face paralysée par une contraction nerveuse, il essayait de parler et ne pouvait articuler un son !…

Clou dut croire que son patron allait périr par suffocation, et il commençait à lui défaire sa cravate…