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Page:Verne - César Cascabel, 1890.djvu/40

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la sierra nevada.

fréquentes, tant son instinct le servait à satisfaire son inconcevable gourmandise.

Et cette Belle-Roulotte, quelle joie ce serait de la ramener en Europe, de la conduire sur les routes du vieux continent ! Quelle curiosité sympathique elle exciterait en traversant le pays de France et les campagnes du pays normand ! Ah ! revoir sa France, « revoir sa Normandie », comme dans la célèbre chanson de Bérat, c’était à cela que tendaient toutes les pensées, toutes les aspirations de César Cascabel !

Une fois à New-York, le véhicule devait être démonté, empaqueté, embarqué à bord d’un paquebot à destination du Havre, et il n’y aurait plus qu’à le remettre sur ses roues pour qu’il prît le chemin de la capitale.

Combien il tardait à M. Cascabel, à sa femme, à ses enfants d’être partis, et, sans doute aussi, à leurs compagnons, on pourrait dire leurs amis à quatre pattes ! C’est pourquoi ils quittèrent la grande place de Sacramento dès l’aube, le 15 février, les uns à pied, les autres dans la voiture, — chacun à sa fantaisie.

La température était encore très fraîche, mais il faisait beau. Il va de soi que l’on ne s’embarquait pas sans biscuits, autrement dit, sans conserves variées de viandes et de légumes. D’ailleurs, on pourrait se ravitailler dans les villes et villages. Et puis le gibier : bisons, daims, lièvres et perdrix, n’abonde-t-il pas sur ces territoires ? Et Jean se priverait-il de prendre son fusil et d’en faire bon usage, la chasse n’étant point interdite ni le permis exigé sur ces vastes prairies du Far-West ? C’est que Jean était un adroit tireur, et l’épagneul Wagram, à défaut du caniche Marengo, se distinguait par des qualités cynégétiques de premier ordre.

En quittant Sacramento, la Belle-Roulotte prit la direction du nord-est. Il s’agissait d’atteindre la frontière par le plus court et de franchir la Sierra Nevada, soit environ deux cents kilomètres jusqu’à la passe Sonora, qui donne accès sur les interminables plaines de l’est.

Ce n’était pas encore le Far-West proprement dit, où les bour-