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Page:Verne - César Cascabel, 1890.djvu/394

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les monts ourals.

en Europe !… On vous contera plus tard nos aventures de voyage !… Allons au plus pressé !

— Ortik, demanda un des compagnons de Rostof, y a-t-il de l’argent dans cette voiture ?

— Encore deux ou trois mille roubles.

— Et vous n’avez pas encore pris congé de ces braves gens ! fit observer ironiquement Rostof.

— Non, car il s’agit d’une affaire bien autrement importante qu’un méchant petit vol, et pour laquelle j’avais besoin de quelque renfort !

— Et cette affaire ?…

— Écoutez-moi, les amis, reprit Ortik. Si Kirschef et moi, nous avons pu traverser la Sibérie sans courir de risques, et arriver sur la frontière russe, c’est grâce à cette famille Cascabel. Mais, ce que nous avons fait dans ces conditions, un autre l’a fait aussi, espérant qu’on ne l’irait pas chercher au milieu d’une troupe de saltimbanques. C’est un Russe, qui n’a pas plus que nous le droit de rentrer en Russie, bien que ce soit pour d’autres motifs, un condamné politique de grande naissance et de grande fortune. Or, son secret, qui n’est connu que du sieur Cascabel et de sa femme, nous sommes parvenus à le découvrir…

— Et comment ?…

— Un soir, à Mouji, une conversation que nous avons entendue entre le Cascabel et le Russe !

— Et il s’appelle ?…

— Monsieur Serge pour tout le monde. En réalité, c’est le comte Narkine, et il y va de sa vie, s’il est reconnu sur le territoire moscovite.

— Attendez donc ! dit Rostof. Ce comte Narkine, n’est-ce pas le fils du prince Narkine, qui a été déporté en Sibérie, et dont l’évasion a fait tant de bruit, il y a quelques années ?…

— Précisément, répondit Ortik. Eh bien ! le comte Narkine a des millions, et je pense qu’il n’hésitera pas à nous en donner au moins un… sous la menace d’être dénoncé !