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Page:Verne - César Cascabel, 1890.djvu/392

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les monts ourals.

et, sans trop s’en rendre compte, elle eut le pressentiment qu’elle cachait quelque machination.

En ce moment, l’orage commençait à se déchaîner avec une extrême violence. Les éclairs jetaient de grandes lueurs rapides à travers le dôme des arbres, et le tonnerre roulait dans l’espace, en se multipliant aux échos de la montagne.

Napoléone, pour mieux fermer les yeux et les oreilles, s’était déjà blottie dans sa couchette. Chacun se hâta de regagner son lit, et, vers neuf heures, tout le monde était endormi à l’intérieur de la Belle-Roulotte, en dépit des fracas de la foudre et du sifflement des rafales.

Kayette seule ne dormait pas. Elle ne s’était point déshabillée, et, bien que très fatiguée, n’aurait pu trouver un instant de sommeil. Une profonde inquiétude l’envahissait, lorsqu’elle songeait que la sécurité de ses compagnons était confiée à la garde des deux matelots russes. Aussi, une heure après, voulant se rendre compte de ce qu’ils faisaient, elle souleva le rideau de la petite fenêtre, au-dessus de sa couchette, et regarda à la lueur des éclairs.

Ortik et Kirschef, qui causaient, venaient d’interrompre leur conversation, et se dirigeaient vers l’entrée de la gorge, où un homme se montrait en ce moment.

Aussitôt Ortik fit signe à cet homme de ne pas s’avancer davantage par crainte des chiens. Si Wagram et Marengo n’avaient pas signalé son approche, c’est que, par cette étouffante température d’orage, ils avaient cherché un abri sous la Belle-Roulotte.

Après avoir rejoint cet homme, Ortik et Kirschef échangèrent quelques paroles avec lui, et, dans l’illumination d’un éclair, Kayette vit qu’ils le suivaient sous les arbres.

Quel était cet homme, pourquoi les deux matelots s’étaient-ils mis en rapport avec lui, c’est ce qu’il fallait à tout prix savoir.

Kayette se glissa hors de sa couchette, et si doucement qu’elle n’éveilla personne. En passant près de Jean, elle l’entendit prononcer son nom…