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Page:Verne - César Cascabel, 1890.djvu/388

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les monts ourals

rocailleuse, lorsqu’un ours apparut de l’autre côté du cours d’eau. C’était un animal de grande taille, qui fut signalé par les aboiements très significatifs des deux chiens. Dressé sur son arrière-train, il balançait son énorme tête et secouait sa fourrure brune, en regardant cheminer la petite caravane.

Avait-il envie de l’attaquer, cet ours ? Était-ce un regard de curiosité ou un regard de convoitise qu’il jetait sur l’attelage et ses conducteurs ?…

Jean avait imposé silence à Wagram et à Marengo, jugeant inutile d’exciter cette redoutable bête, puisqu’on était désarmé. Pourquoi risquer de changer ses dispositions, pacifiques peut-être, en dispositions hostiles, alors qu’il lui eût été facile de passer d’une rive à l’autre de la rivière ?

Il arriva donc que l’on se regarda tranquillement, comme des voyageurs qui se croisent sur une route, tandis que M. Cascabel se bornait à dire :

« Quel dommage de ne pouvoir s’emparer de ce superbe Martin de l’Oural ! Quelle figure il ferait dans notre personnel ! »

Mais il eût été difficile d’offrir à cet ours un engagement dans la troupe. D’ailleurs, préférant sans doute l’existence forestière à l’existence foraine, il se leva, remua une dernière fois sa grosse tête, et disparut en trottinant.

Toutefois, comme un salut en vaut un autre, Sandre le gratifia d’un coup de chapeau, auquel Jean eût volontiers substitué un coup de fusil.

À six heures du soir, halte établie à peu près dans les mêmes conditions que la veille. Puis, le lendemain, départ dès cinq heures, et pénible journée de marche. Toujours beaucoup de fatigues, mais pas d’accidents.

Maintenant le plus rude était fait, puisque la Belle-Roulotte se trouvait au point culminant de la passe, au col même du défilé. Il ne restait plus qu’à descendre, en suivant les pentes occidentales qui se dirigent vers l’Europe.