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Page:Verne - César Cascabel, 1890.djvu/375

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césar cascabel.


Il n’y eut donc que Cornélia, Kayette et Napoléone, qui regagnèrent leurs couchettes à l’intérieur de la Belle-Roulotte.

Avec le crépuscule de juillet, dont la durée se prolonge indéfiniment sous ce soixante-sixième parallèle, il était plus de onze heures, lorsque la nuit fut à peu près close — une nuit sans lune, semée d’étoiles noyées dans les vapeurs des hautes zones.

Étendus sur l’herbe, et enveloppés chacun d’une couverture, M. Serge et ses compagnons sentaient déjà leurs paupières appesanties par le premier sommeil, lorsque les deux chiens commencèrent à donner divers signes d’agitation. Ils dressaient le museau, ils faisaient entendre de sourds grognements qui marquaient une extrême inquiétude.

Jean se redressa le premier et jeta un regard autour de la clairière.

Le foyer se mourait, et une profonde obscurité régnait sous l’épais massif des arbres. Jean regarda plus attentivement, et crut voir des points mobiles, qui brillaient comme des braises. Wagram et Marengo aboyaient avec violence.

« Alerte ! s’écria Jean, en se relevant d’un bond, alerte ! »

En un instant, les dormeurs furent sur pied.

« Qu’y a-t-il ?… demanda M. Cascabel.

— Vois… là… père ! répondit Jean, en montrant les points lumineux, maintenant immobilisés dans l’ombre du taillis.

— Et qu’est-ce donc ?…

— Des yeux de loups !

— Oui !… des loups !… répondit Ortik.

— Et même toute une bande ! ajouta M. Serge.

— Diable ! » fit M. Cascabel.

Diable ! était sans doute insuffisant pour exprimer la gravité de la situation. Peut-être les loups étaient-ils là par centaines, réunis autour de la clairière, et ces carnassiers deviennent extrêmement redoutables lorsqu’ils sont en grand nombre.

En ce moment, Cornélia, Kayette et Napoléone apparurent à la porte de la Belle-Roulotte.