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Page:Verne - César Cascabel, 1890.djvu/372

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du fleuve obi aux monts ourals


« Mon ami, lui répondit M. Serge, je me suis souvent demandé : Que ferai-je ?… Je n’en sais rien, c’est tout ce que je puis vous dire ! Ma conduite sera dictée par les circonstances…

— Voyons, reprit M. Cascabel, à supposer que vous soyez contraint de quitter le château de Walska, à supposer que vous ne puissiez demeurer en Russie, où votre liberté, votre existence même seraient menacées… je vous demanderai, monsieur Serge, si vous songeriez à retourner en Amérique…

— Je n’ai formé aucun projet à cet égard, répondit le comte Narkine.

— Eh bien, monsieur Serge — pardonnez-moi si j’insiste —, pourquoi ne viendriez-vous pas en France avec nous ?… En continuant de figurer dans ma troupe, vous pourriez sans danger atteindre la frontière russe occidentale !… Est-ce que ce ne serait pas le parti le plus sûr ?… Et puis, nous vous garderions quelque temps encore… et avec vous, notre chère petite Kayette… Oh ! non pour vous l’enlever !… Elle est… elle restera votre fille adoptive, et cela vaut un peu mieux que d’être la sœur de Jean, de Sandre et de Napoléone, les enfants d’un saltimbanque !

— Mon ami, répondit M. Serge, ne parlons pas de ce que nous réserve l’avenir. Qui sait s’il ne nous donnera pas satisfaction à tous ?… Occupons-nous du présent, c’est l’essentiel… Ce que je puis vous affirmer — mais n’en parlez à personne encore —, c’est que, s’il me fallait quitter la Russie, je serais très heureux de me retirer en France, en attendant que quelque évènement politique vînt modifier ma situation… Et, puisque vous retournez dans votre pays…

— Bravo !… Nous y retournerons ensemble ! » répliqua M. Cascabel.

Il avait pris la main de M. Serge, il la pressait, il la serrait, comme s’il eût voulu la river à la sienne.

Il rentrèrent ensemble au campement, où les deux matelots ne revinrent que le lendemain.

L’attelage partit dès les premières heures du jour, et se dirigea à peu près vers l’ouest.