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Page:Verne - César Cascabel, 1890.djvu/345

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césar cascabel.


Chaque matinée, la Belle-Roulotte faisait environ un « koes », mesure sibérienne qui vaut vingt verstes, soit deux lieues et demie environ. Pendant l’après-midi, elle en gagnait autant dans l’ouest — ce qui donnait cinq bonnes lieues pour la journée.

Le 29 mars, après avoir franchi le petit fleuve Olenëk sur la glace, M. Serge et ses compagnons atteignirent la bourgade de Maksimova, à quarante-deux lieues dans le sud-ouest du golfe de Lena.

Il n’y avait aucun inconvénient à ce que M. Serge s’arrêtât vingt-quatre heures dans cette bourgade, perdue à l’extrémité de la steppe septentrionale. Là, point de capitaine-gouverneur, point de poste militaire occupé par des Cosaques. Dès lors, rien à craindre pour le comte Narkine.

On était en plein pays des Iakoutes, et la famille Cascabel reçut un excellent accueil chez les habitants de Maksimova.

Ce pays, montagneux et forestier dans les régions de l’est et du sud, n’offre sur sa partie nord que de vastes plaines rases, égayées çà et là de quelques massifs d’arbres, dont la saison chaude allait prochainement développer la verdure. Le produit de la fenaison y est extrêmement abondant. Cela tient à ce que, si l’hiver est très froid dans la Sibérie hyperboréenne, la température s’y montre excessive pendant les mois d’été.

Là prospère une population de cent mille Iakoutes, qui suivent les pratiques du rite russe. Gens pieux, hospitaliers, de bonnes mœurs, ils sont très reconnaissants des bienfaits qu’ils reçoivent de la Providence, et très résignés, lorsqu’elle les éprouve trop durement.

Pendant ce trajet de la baie de la Lena à la bourgade, on avait rencontré un certain nombre de Sibériens nomades. C’étaient des hommes solides, stature moyenne, visage plat, yeux noirs, épaisse chevelure, figure imberbe. Les mêmes types se retrouvèrent à Maksimova, dont les habitants sont sociables, pacifiques, intelligents, laborieux, et ne se laissent pas duper facilement.

Ceux de ces Iakoutes qui mènent la vie errante, toujours à cheval et toujours armés, sont propriétaires des nombreux troupeaux