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Page:Verne - César Cascabel, 1890.djvu/333

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césar cascabel.


C’est-à-dire :


« Si ce n’est pas fait le jour où ces hommes sacrés le voudront, que ta tribu soit vouée à la colère céleste ! »


À ce moment, roi et sujets râlaient de terreur, immobiles sur le sol comme autant de cadavres, tandis que M. Cascabel, élevant ses deux bras vers les idoles dans un acte de reconnaissance, les remerciait de leur divine intervention.

Et, pendant ce temps, ses compagnons de se tenir les côtes pour ne pas éclater de rire.

Une simple scène de ventriloquie, voilà ce que cet homme prodigieux, cet artiste incomparable, avait imaginé pour forcer la main à son « brave homme de Chouchou ! »

Et, en vérité, il n’en fallait pas davantage pour se jouer de ces superstitieux indigènes ! « Les hommes venus de l’Occident — quelle admirable qualification trouvée par M. Cascabel ! —, les hommes venus de l’Occident sont sacrés !… Pourquoi Tchou-Tchouk les retient-il ? »

Eh bien, non ! Tchou-Tchouk ne les retiendrait pas ! Il les laisserait partir dès qu’ils en manifesteraient l’intention, et les indigènes auraient pour eux les égards dus à des voyageurs si visiblement protégés du ciel !

Et, tandis qu’Ortik et Kirschef, qui ne savaient rien des talents de M. Cascabel en ventriloquie, ne cachaient point leur profonde stupéfaction, Clou répétait enthousiasmé :

« Quel génie que monsieur mon patron !… Quel cerveau !… Quel homme !… à moins que… 

À moins que ce ne soit un dieu ! » répliqua Cornélia en s’inclinant devant son mari.

Le tour était joué. Il avait réussi, grâce à l’extraordinaire crédulité de ces tribus de la Nouvelle-Sibérie, qui dépasse tout ce qu’on peut imaginer. C’est ce qu’avait judicieusement observé