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Page:Verne - César Cascabel, 1890.djvu/331

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césar cascabel.

les idoles attendaient l’hommage de leurs fidèles. Tchou-Tchouk marchait en tête. M. Serge et M. Cascabel, puis la famille et les deux matelots russes venaient immédiatement derrière lui, escortés de toute la population de Tourkef.

Le cortège s’arrêta devant l’évidement rocheux au fond duquel se dressaient les divinités indigènes, drapées de fourrures superbes et ornées de peintures qui avaient été rafraîchies pour la circonstance.

Alors Tchou-Tchouk entra dans le Vorspük, les mains levées, et, après avoir incliné trois fois la tête, il s’accroupit sur un tapis de peaux de rennes étendu sur le sol. C’était la manière de s’agenouiller dans le pays.

M. Serge et ses compagnons s’empressèrent d’imiter le souverain, et l’assistance se prosterna derrière eux.

Après que le silence se fut religieusement établi, Tchou-Tchouk, d’un ton de prédicateur anglican, adressa quelques paroles moitié chantées, moitié murmurées, aux trois idoles, superbes dans leur magnificence hiératique…

Soudain, une voix lui répond, — une voix puissante, bien timbrée, qui se fait entendre jusqu’au coin le plus reculé de la grotte.

Ô prodige ! Cette voix sort du bec de l’une des divinités, celle de droite, et voici ce qu’elle dit en langue russe :


« Ani sviati, éti innostrantzi, katori ote zapada prichli ! Zatchéme ti ikhe podirjaïche ? »


Ce qui signifie :


« Ces étrangers, qui sont venus de l’Occident, sont sacrés ! Pourquoi les retiens-tu ? »


Après ces mots, que tous les fidèles entendirent distinctement, il se produisit une stupéfaction générale.