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Page:Verne - César Cascabel, 1890.djvu/328

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un bon tour de m. cascabel.


En effet, si le projet de M. Cascabel réussissait, s’il décidait Tchou-Tchouk à le laisser partir lui, son personnel et son matériel, il fallait que ce départ s’effectuât alors que l’icefield, uniformément solidifié, s’étendrait entre l’archipel des Liakhoff et la côte sibérienne.

Un bon attelage de rennes pourrait accomplir cette partie du voyage dans des conditions relativement favorables, et sans que les voyageurs eussent rien à craindre d’une nouvelle dislocation du champ de glaces.

« Dites-moi, mon cher Cascabel, demanda un jour M. Serge, vous espérez donc que ce vieux coquin de Tchou-Tchouk vous fournira les rennes dont vous avez besoin pour traîner notre voiture jusqu’au continent ?

— Monsieur Serge, répondit gravement M. Cascabel. Chouchou n’est point un vieux coquin. C’est même un digne et excellent homme ! S’il consent à nous laisser partir, il nous permettra d’emmener la Belle-Roulotte, s’il nous le permet, il ne pourra faire moins que de nous offrir une vingtaine de rennes, une cinquantaine, une centaine, un millier — si je l’exige !

— Vous le tenez donc ?…

— Si je tiens mon Chouchou ?… C’est comme si j’avais le bout de son nez entre mes doigts, monsieur Serge !… Et quand je tiens, moi, je tiens ferme ! »

Toujours cette attitude d’un homme sûr de lui, et toujours son sourire de satisfaction ! Et même, ce jour-là, après avoir appuyé son index et son médium sur ses lèvres à demi avancées, il envoya un baiser à l’adresse de Sa Majesté indigène. Mais M. Serge, comprenant qu’il désirait garder une absolue réserve sur ses projets, n’eut pas le mauvais goût d’insister pour les connaître.

Cependant, grâce à l’adoucissement de la température, les sujets de Tchou-Tchouk commençaient à reprendre leurs occupations habituelles, chasse aux oiseaux, pêche aux phoques qui reparaissaient à la surface de l’icefield. En même temps, les cérémonies reli-