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Page:Verne - César Cascabel, 1890.djvu/325

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césar cascabel.

vrance, répondit M. Serge. Cet équipage ne serait pas en force et tomberait entre les mains des indigènes…

— D’ailleurs, reprit M. Cascabel, la mer ne sera pas libre avant trois mois, et jamais ma patience n’ira jusque-là !… »

Il ajouta, après un instant de réflexion :

« Et puis, si nous parvenions à prendre passage sur un baleinier, même avec le consentement de ce vieux brave homme de Chou-Chou, nous serions forcés d’abandonner la Belle-Roulotte

— C’est un abandon auquel il faudra bien nous résigner, sans doute ! fit observer M. Serge.

— Nous résigner ! s’écria M. Cascabel. Allons donc !

— Est-ce que vous auriez trouvé un expédient ?…

— Eh ! Eh ! »

M. Cascabel n’en dit pas davantage. Mais quel sourire erra sur ses lèvres, quel éclair illumina son regard !

Aussi, lorsqu’elle connut cette réponse de son mari, Cornélia fut-elle amenée à dire :

« César a certainement imaginé quelque chose !… Quoi ?… je n’en sais rien ! Après tout, on doit s’y attendre avec un pareil homme !

— Père est plus fin que monsieur Tchou-Tchouk ! répondit la petite Napoléone.

— Avez-vous remarqué, fit observer Sandre, qu’il a pris l’habitude de l’appeler : vieux brave homme !… Un petit nom d’amitié !

À moins que ce soit tout le contraire !… » répliqua Clou-de-Girofle.

Pendant la seconde quinzaine de février, le relèvement de la température suivit son cours d’une façon très sensible. Grâce au vent qui soufflait du sud, quelques courants moins froids se propageaient à travers l’atmosphère.

Il n’y avait donc pas de temps à perdre. Après avoir été aux prises avec la débâcle dans le détroit de Behring, grâce à la tardiveté de l’hiver, c’eût été le comble de la malchance de se trouver exposé aux mêmes dangers, par suite de la précocité du printemps.