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Page:Verne - César Cascabel, 1890.djvu/294

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les îles liakhoff.


« Eh ! à qui en veulent-ils, ces singes ? s’écria-t-il, après avoir repoussé ceux qui le serraient de trop près.

À nous, père ! répondit Jean.

— Drôle de façon d’accueillir les visiteurs !… Est-ce qu’ils auraient envie de nous manger ?…

— Non, mais très probablement ils ont l’intention de nous retenir prisonniers dans leur île !

— Prisonniers ?…

— Oui, comme ils ont déjà fait de deux matelots, qui sont arrivés avant nous !… »

Jean n’eut pas le loisir de donner des explications plus complètes. Une douzaine d’indigènes venaient de saisir M. Serge et ses compagnons. Il fallut, bon gré mal gré, les suivre vers le village de Tourkef, autrement dit la capitale de l’archipel.

Pendant ce temps, une vingtaine d’autres se dirigeaient du côté de la Belle-Roulotte, d’où s’échappait une petite fumée qu’un reste de jour permettait d’apercevoir dans l’est.

Un quart d’heure après, les prisonniers avaient atteint Tourkef, et ils étaient introduits à l’intérieur d’une vaste excavation creusée sous la neige.

« La prison de l’endroit, sans doute ! » fit observer M. Cascabel, dès qu’on les eut laissés seuls autour d’un foyer allumé au centre de ce réduit.

Et d’abord, il fallut que Jean et Kayette fissent le récit de leurs aventures. Le morceau de glace qui les portait avait suivi la direction de l’ouest, après avoir disparu derrière les blocs en dérive… Jean tenait la jeune Indienne dans ses bras, craignant qu’elle ne fût renversée par les chocs… Ils n’avaient pas de vivres, ils allaient être sans abri pendant de longues heures, mais du moins ils étaient ensemble… Blottis l’un contre l’autre, peut-être ne sentiraient-ils ni le froid ni la faim… La nuit vint… S’ils ne pouvaient se voir, ils pouvaient s’entendre… Les heures s’écoulèrent dans des transes continuelles, avec la peur d’être engloutis… Puis les pâles rayons du jour reparurent,