Ouvrir le menu principal

Page:Verne - César Cascabel, 1890.djvu/290

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
279
les îles liakhoff.

régions polaires à cette longitude. Au-delà, jusqu’à l’infranchissable limite de la banquise, les navigateurs n’ont reconnu aucune terre. Quinze degrés plus haut, c’est le pôle nord.

Les naufragés avaient donc été jetés sur les confins du monde, bien que ce fut à une latitude moins élevée que celles du Spitzberg et des territoires septentrionaux de l’Amérique.

En somme, si la famille Cascabel avait fait route plus au nord que le comportait son premier itinéraire, elle s’était constamment rapprochée de la Russie d’Europe. Ces centaines de lieues, franchies depuis Port-Clarence, lui avaient occasionné moins de fatigues que de dangers. Une dérive, faite dans ces conditions, c’était autant de chemin d’épargné à travers des régions presque impraticables pendant l’hiver. Et peut-être n’y aurait-il pas eu lieu de se plaindre, si, par une dernière malchance, M. Serge et ses compagnons ne fussent tombés entre les mains de ces indigènes des Liakhoff. Obtiendraient-ils leur liberté ou pourraient-ils la recouvrer par la fuite ? c’était douteux. En tout cas, ils ne tarderaient pas à le savoir, et, lorsqu’ils seraient fixés à cet égard, il serait temps de prendre un parti suivant les circonstances.

L’île Kotelnyï est habitée par une tribu d’origine finnoise, comptant deux cent cinquante à trois cents âmes, hommes, femmes et enfants. Ces indigènes, d’aspect répugnant, sont des moins civilisés entre ces peuplades du littoral, Tchouktchis, Ioukaghirs et Samoyèdes. Leur idolâtrie passe toute croyance, en dépit du dévouement des frères Moraves, qui n’ont jamais pu triompher des superstitions de ces néo-Sibériens, ni de leurs instincts de pillards et de voleurs.

La principale industrie de l’archipel des Liakhoff, c’est la pêche des cétacés, qui fréquentent en grand nombre ces parages de la mer Arctique, et la chasse aux phoques, presque aussi abondants qu’à l’île de Behring pendant la saison chaude.

L’hiver est très dur sous cette latitude de la Nouvelle-Sibérie. Les indigènes habitent ou plutôt se terrent au fond de trous obscurs,