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Page:Verne - César Cascabel, 1890.djvu/286

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du 16 novembre au 2 décembre.


— Jean… Jean ! » répéta une dernière fois la jeune Indienne.

En entendant ces cris, M. Cascabel et Cornélia venaient d’accourir… Ils étaient là, terrifiés près de M. Serge, qui ne savait que faire pour sauver la malheureuse enfant.

En ce moment, le bloc de glace s’étant rapproché à une distance de cinq ou six pieds, Jean, s’élançant d’un bond avant qu’on eût pu le retenir, retomba près de Kayette.

« Mon fils !… Mon fils !… » s’écria Mme Cascabel.

Les secourir était impossible. En sautant, Jean avait repoussé le glaçon qui portait Kayette… Tous deux ne tardèrent pas à disparaître entre les icebergs, et bientôt même on cessa d’entendre leurs cris qui se perdaient dans l’espace.

Après de longues heures d’attente, l’obscurité étant devenue complète, M. Serge, M. Cascabel, Cornélia, leurs enfants durent revenir au campement. Quelle nuit ces pauvres gens passèrent à errer autour de la Belle-Roulotte, tandis que les chiens aboyaient lamentablement ! Jean et Kayette, entraînés, sans abri, sans nourriture… perdus ! Cornélia ne cessait de pleurer, Sandre et Napoléone mêlaient leurs larmes aux siennes. M. Cascabel, abattu par ce nouveau coup, ne prononçait que des paroles incohérentes, s’accusant de tous les malheurs qu’il avait attirés sur sa famille. Et quelle consolation M. Serge aurait-il pu leur apporter, puisque lui-même était inconsolable !

Le lendemain — 4 décembre — vers huit heures du matin, le glaçon, sortant du remous qui l’avait retenu toute la nuit, s’était remis en marche. Sa direction était celle qu’avaient suivie Jean et Kayette, mais avec dix-huit heures d’avance, et il fallait renoncer à tout espoir de les rejoindre ou de les retrouver. Trop de dangers les menaçaient, d’ailleurs, pour qu’ils pussent s’en tirer sains et saufs, le froid qui devenait très intense, la faim qu’ils ne pourraient apaiser, la rencontre des icebergs, dont le moindre les eût écrasés sur son passage !…

Mieux vaut renoncer à peindre la douleur de ces malheureux Cascabel ! Malgré l’abaissement de la température, ils n’avaient pas