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Page:Verne - César Cascabel, 1890.djvu/239

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césar cascabel.


— Eh bien, ils nous le diront ! D’ailleurs, tiens les fusils prêts ! Surtout, défense de descendre !

— Refermez votre fenêtre, madame Cascabel, dit M. Serge. Il n’y a pas une minute à perdre !… Nous nous remettons en route à l’instant ! »

L’attelage, qui s’était arrêté aux premiers aboiements des chiens, reprit sa pénible marche.

Pendant une demi-heure, la Belle Roulotte put s’avancer un peu plus vite, car la surface de l’ice-field était moins rugueuse. Les chevaux, véritablement surmenés, la tête basse, le jarret détendu, tiraient de tout leur courage. On sentait que c’était là un dernier effort, et qu’ils ne tarderaient pas à s’abattre, si cet effort devait se prolonger.

À peine faisait-il jour. Ce qui restait de lumière diffuse à travers l’espace semblait plutôt venir de la surface du champ que de la clarté des hautes zones.

Et les deux chiens qui ne cessaient d’aboyer, courant en avant, s’arrêtant le museau en l’air, la queue droite et immobile, puis revenant auprès de l’attelage !

« Il y a certainement quelque chose d’extraordinaire ! fit observer M. Cascabel.

— Il y a l’îlot Diomède ! » s’écria Jean.

Et il montrait un amas de roche, qui s’arrondissait confusément à quelques centaines de pas vers l’ouest.

Et la preuve que Jean ne se trompait pas, c’est que cet amas était tacheté de points noirs, dont la couleur ressortait en vigueur sur la blancheur des glaçons.

« En effet, ce doit être l’îlot, dit M. Serge.

— Est-ce que je ne les vois pas remuer, ces points noirs ? s’écria M. Cascabel.

— Remuer ?…

— Oui !

— Ce sont, sans doute, plusieurs milliers de phoques qui ont cherché refuge sur l’îlot…