Ouvrir le menu principal

Page:Verne - César Cascabel, 1890.djvu/230

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
219
le détroit de behring.


— Vous le reverrez, monsieur Serge ! Croyez-en un vieux coureur de foire, qui a souvent prédit l’avenir en disant la bonne aventure ! Vous ferez votre entrée à Perm avec nous !… Est-ce que vous n’appartenez pas à la troupe Cascabel ?… Il faudra même que je vous apprenne quelques tours d’escamotage — cela peut servir à l’occasion — sans compter celui que nous jouerons à la police moscovite en lui passant sous le nez ! »

Et César Cascabel ne put s’empêcher de s’esclaffer de rire. Songez donc ! Le comte Narkine, un grand seigneur russe, soulevant des poids, jonglant avec des bouteilles, donnant la réplique aux clowns — et en faisant recette !

Vers trois heures de l’après-midi, la Belle-Roulotte dut s’arrêter. Bien qu’il ne fît pas nuit encore, une épaisse brume amoindrissait le champ de vue. Aussi, après être revenu en arrière, Jean conseilla-t-il de faire halte. Se diriger dans ces conditions devenait extrêmement incertain.

D’ailleurs, ainsi que M. Serge l’avait prévu, cette partie du détroit, parcourue par le courant du chenal de l’est, laissait les aspérités de l’ice-field, les inégalités des glaçons, saillir sous la neige. Le véhicule éprouvait des heurts violents. Les chevaux buttaient presque à chaque pas. Une demi-journée de marche avait suffi pour leur occasionner de très grandes fatigues.

En somme, c’étaient deux lieues au plus que la petite caravane avait franchies pendant cette première étape.

Dès que l’attelage se fut arrêté, Cornélia et Napoléone descendirent — soigneusement emmitouflées, des pieds à la tête, à cause de la brusque transition d’une température intérieure de dix degrés au-dessus de zéro à une température extérieure de dix degrés au-dessous. Quant à Kayette, habituée à ces âpretés de l’hiver alaskien, elle n’avait guère songé à s’envelopper de ses chaudes fourrures.

« Il faut te couvrir mieux que cela, Kayette ! lui dit Jean. Tu risques de t’enrhumer !