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Page:Verne - César Cascabel, 1890.djvu/218

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adieux au nouveau-continent.

toute émue, sentait son cœur battre bien fort, et une larme s’échappait de ses yeux.

À la date du 15 octobre, les marins de Port-Clarence avertirent M. Serge qu’il pouvait se préparer au départ. Le froid s’était vivement accentué depuis quelques jours. Maintenant, la moyenne de la température ne s’élevait pas à dix degrés centigrades au-dessous de zéro. L’ice-field paraissait être absolument immobile. On n’entendait même plus rien de ces craquements significatifs, qui se produisent lorsque la cimentation n’est pas complète.

Il était probable que l’on ne tarderait pas à voir arriver quelques-uns de ces indigènes asiatiques, qui traversent le détroit pendant l’hiver, et font un certain commerce entre Numana et Port-Clarence. C’est même une route assez fréquentée, parfois. Il n’est pas rare que des traîneaux, attelés de chiens ou de rennes, aillent d’un continent à l’autre, enlevant en deux ou trois jours les vingt lieues qui séparent les deux rives entre les points les plus rapprochés du détroit. Il y a donc là un passage naturel, qui s’ouvre au commencement et est clos à la fin de l’hiver, c’est-à-dire praticable pendant plus de six mois. Seulement, il convient de ne partir ni trop tôt ni trop tard, afin d’éviter les catastrophes épouvantables qui résulteraient d’une dislocation du champ de glace.

En prévision du voyage à travers les territoires sibériens jusqu’au jour où la Belle-Roulotte s’arrêterait pour hiverner, M. Serge avait fait acquisition à Port-Clarence de divers objets indispensables à un cheminement pendant les grands froids, entre autres plusieurs paires de ces raquettes que chaussent les indigènes en guise de patins, et qui leur permettent de franchir rapidement de vastes espaces glacés. Ce n’était pas à des fils de saltimbanques qu’il aurait fallu un long apprentissage pour s’en servir. En quelques jours, Jean et Sandre étaient devenus d’habiles « raquetteurs » en s’exerçant sur les criques solidifiées le long de la grève.

M. Serge avait aussi complété l’assortiment de pelleteries achetées au fort Youkon. Il ne s’agissait pas seulement de se préserver du froid