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Page:Verne - César Cascabel, 1890.djvu/203

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césar cascabel.


M. Serge ne se doutait point, par conséquent, qu’il fût l’objet de certains soupçons. Lui, également, n’appréhendait que la séparation prochaine. Était-il combattu entre l’idée de reprendre son excursion à travers l’Ouest-Amérique, ou songeait-il à y renoncer pour suivre ses nouveaux amis jusqu’en Europe ? Il eût été difficile de le dire. Cependant, le voyant assez préoccupé, M. Cascabel résolut de provoquer une explication à ce sujet.

Un soir, le 11 octobre, après souper, s’adressant à M. Serge, M. Cascabel dit, comme si c’était chose nouvelle :

« À propos, M. Serge, vous savez que nous allons bientôt partir pour votre pays ?

— Sans doute, mes amis… Cela est convenu…

— Oui !… Nous allons en Russie… et, justement, nous passerons par Perm… où demeure votre père, si je ne me trompe…

— Et ce n’est pas sans regret et sans envie que je vous vois partir !

— Monsieur Serge, dit Cornélia, est-ce que vous comptez rester longtemps encore en Amérique ?

— Longtemps ?… Je ne sais trop…

— Et, lorsque vous reviendrez en Europe, quel chemin prendrez-vous ?…

— Le chemin du Far West… Mon exploration me ramènera infailliblement vers New York, et c’est là que je m’embarquerai… avec Kayette…

— Avec Kayette ! » murmura Jean, en regardant la jeune Indienne qui baissait la tête.

Il y eut quelques instants de silence. Puis, M. Cascabel reprit d’une voix hésitante :

« Voyons, monsieur Serge… je vais me permettre de vous faire une proposition… Oh ! je sais bien que ce sera très pénible de traverser cette grande diablesse de Sibérie !… Mais enfin, avec du courage et de la volonté…

— Mon ami, répondit M. Serge, croyez bien que ni les dangers