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Page:Verne - César Cascabel, 1890.djvu/191

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césar cascabel.

tion, n’est-ce pas un véritable sujet de réjouissance que l’arrivée de quelques visiteurs, et ne sont-ils pas toujours les bienvenus avec les nouvelles qu’ils apportent de si loin ?

Le fort Noulato était habité par une vingtaine d’employés, d’origine russe et américaine, qui se mirent à la disposition de la famille pour lui fournir tout ce dont elle avait besoin. Régulièrement ravitaillés par les soins de la Compagnie, ils trouvent encore des ressources pendant la belle saison, soit en chassant l’élan ou le renne, soit en pêchant dans les eaux du Youkon. Là abondent certains poissons, et plus spécialement le « nalima », plutôt réservé à l’alimentation des chiens, mais dont le foie n’est bien apprécié que de ceux qui s’en nourrissent d’habitude.

Il va de soi que les habitants de Noulato furent un peu surpris, lorsqu’ils virent arriver la Belle-Roulotte et plus encore, lorsque M. Cascabel leur eut fait connaître son projet de retourner en Europe par la Sibérie. En vérité, il n’y a que ces Français pour ne douter de rien ! Quant à la première partie du voyage qui devait s’achever à Port-Clarence, ils affirmèrent qu’elle s’accomplirait sans obstacle et s’achèverait avant que les plaines de l’Alaska fussent saisies par les premiers froids.

Sur les conseils de M. Serge, on résolut de faire acquisition de quelques-uns des objets nécessaires à la traversée des steppes. Avant tout, il y avait lieu de se procurer plusieurs paires de ces lunettes, qui sont indispensables, lorsqu’on doit franchir les espaces blanchis par l’hiver. Moyennant quelques verroteries, les Indiens consentirent à en vendre une douzaine. Ce n’étaient que des lunettes de bois, sans verres, ou plutôt des œillères qui enveloppent l’œil en ne laissant passer le regard que par une étroite fente. Cela suffit pour se diriger sans trop de peine, en empêchant les ophtalmies que provoquerait inévitablement la réverbération des neiges. Tout le personnel essaya ces œillères et put constater qu’il lui serait facile de s’y habituer.

Après cet appareil préservatif de la vue, il fallut songer aux