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Page:Verne - César Cascabel, 1890.djvu/177

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une idée de cornélia cascabel.


Et lorsque cette femme étonnante avait une idée, mieux valait la lui laisser mettre à exécution sans la contrarier. Elle aussi n’avait pas été moins humiliée que son mari du succès des Indiens, et il était probable qu’elle leur réservait quelque tour de sa façon.

En effet, Cornélia était retournée à la Belle-Roulotte, laissant son époux inquiet, quelque confiance qu’il eût dans l’intelligence et dans l’imagination de son épouse.

Deux minutes après, Mme Cascabel reparut et vint se placer en face du groupe des Indiens, qui se reforma autour d’elle.

Puis, s’adressant à l’agent principal du fort, elle le pria de répéter aux indigènes ce qu’elle allait dire.

Et voici ce qui fut traduit mot pour mot dans le pur langage de la province alaskienne :

« Indiens et Indiennes, vous avez montré, dans ces exercices de force et d’adresse, des talents qui méritent une récompense et, cette récompense, je vous l’apporte… »

Silence général et vive attention de l’assemblée.

« Vous voyez mes mains ? reprit Cornélia. Elles ont été plus d’une fois serrées par les plus augustes personnages du vieux monde ! Vous voyez mes joues ? Elles ont souvent reçu les baisers des plus puissants souverains de l’Europe ! Eh bien ! ces mains, ces joues, elles vous appartiennent !… Indiens de l’Amérique, venez les baiser, venez les prendre ! »

Et, ma foi, les indigènes ne songèrent point à se faire prier. Jamais ils ne retrouveraient pareille occasion d’embrasser les mains d’une aussi superbe femme.

L’un d’eux, un beau Tanana, s’avança et saisit la main que lui tendait Cornélia…

Quel cri lui échappa à la suite d’une secousse qui le fit se démener en mille contorsions !

« Ah ! Cornélia ! s’écria M. Cascabel, Cornélia, je te comprends et je t’admire ! »

En même temps, M. Serge, Jean, Sandre, Napoléone et Clou, de rire