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Page:Verne - César Cascabel, 1890.djvu/169

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une idée de cornélia cascabel.

gènes dont le visage était recouvert d’un large masque de bois d’une incomparable hideur. De même que pour les « grosses têtes » des féeries, la bouche et les yeux de ces masques étaient mis en mouvement au moyen de ficelles — ce qui donnait l’illusion de la vie à ces horribles figures, pour la plupart terminées en becs d’oiseaux. On imaginerait difficilement à quelle perfection de grimaces ils pouvaient atteindre, et le singe John Bull aurait pu prendre là quelques bonnes leçons.

Inutile d’ajouter que M. et Mme Cascabel, Jean, Sandre, Napoléone et Clou-de-Girofle avaient revêtu leurs costumes forains pour cette circonstance.

Le lieu choisi était une vaste prairie, entourée d’arbres, dont la Belle-Roulotte occupait le fond, comme dans un décor de théâtre. En avant, étaient rangés les agents du Fort Youkon avec leurs enfants et leurs femmes. Sur le côtés, plusieurs centaines d’Indiens et d’Indiennes formaient demi-cercle et fumaient en attendant l’heure de la représentation.

Les indigènes masqués, qui devaient prendre part aux exercices, se tenaient un peu à l’écart.

Le moment venu, Clou parut sur la plate-forme du véhicule et fit son boniment habituel :

« Messieurs les Indiens et mesdames les Indiennes, vous allez voir ce que vous allez voir, etc., etc. »

Mais, comme il ne parlait pas le langage chinouk, il est infiniment probable que ses tirades fantaisistes ne furent point goûtées des spectateurs.

Toutefois, ce que l’on comprit, ce furent les taloches traditionnelles que lui administra libéralement son patron, et les coups de pied à l’endroit convenu dont il reçut son contingent habituel avec la résignation d’un pitre engagé pour cet emploi.

Puis, quand ce prologue eut pris fin :

« Maintenant, au tour des bêtes ! » dit M. Cascabel, après avoir salué l’assistance.