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Page:Verne - César Cascabel, 1890.djvu/167

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une idée de cornélia cascabel.

se distinguent les Tananas, reconnaissables à leur visage peint de couleurs éclatantes, aux plumes de leur coiffure, à leurs aigrettes enfilées de morceaux d’argile rouge, à leur veste de cuir, leur pantalon de peau de renne, leur long fusil à pierre et leur poire à poudre sculptée avec une extrême délicatesse.

En fait de monnaie, ces Indiens se servent de coquilles de dentalium que l’on retrouve jusque chez les indigènes de l’archipel de Vancouver : ils les suspendent au cartilage de leur nez et les en retirent lorsqu’ils veulent payer quelque acquisition.

« Voilà un porte-monnaie économique, dit Cornélia, et on est sûr de ne point le perdre…

À moins que le nez ne tombe ! fit judicieusement observer Clou-de-Girofle.

— Ce qui pourrait bien arriver pendant les grands froids de l’hiver ! » répondit M. Cascabel.

Somme toute, ce rassemblement d’indigènes offrait un curieux spectacle.

On comprend que M. Cascabel soit entré en relation avec plusieurs de ces Indiens, dont il comprenait quelque peu le dialecte chinouk, tandis que M. Serge les interrogeait et leur répondait en langue russe.

Durant plusieurs jours, il se fit un commerce très animé entre les trafiquants et les représentants de la Compagnie ; mais, jusqu’alors, les Cascabel n’avaient point utilisé leurs talents dans une représentation publique.

Néanmoins les Indiens ne tardèrent pas à savoir que cette famille était d’origine française, que ses divers membres jouissaient d’une grande réputation comme faiseurs de tours de force et de passe-passe.

Chaque soir, ils venaient en grand nombre admirer la Belle-Roulotte. Jamais ils n’avaient vu pareille voiture, si brillamment peinturlurée. Elle leur plaisait surtout parce qu’elle pouvait se déplacer facilement — ce qui devait particulièrement intéresser des