Ouvrir le menu principal

Page:Verne - César Cascabel, 1890.djvu/15

Cette page a été validée par deux contributeurs.
4
césar cascabel.

quand furent découvertes les mines d’or, situées un peu plus au nord-est sur le plateau de Grass-Valley, et le célèbre gisement de Allison-Ranch, dont le quartz produisait par kilogramme un franc du précieux métal.

Oui ! ces temps de fortunes inouïes, de ruines effroyables, de misères sans nom, étaient passés. Plus de chercheurs d’or, même dans cette partie de la Colombie anglaise, le Caribou, qui se trouve au-dessus du territoire de Washington, où des milliers de mineurs affluèrent vers 1863. M. Cascabel n’était plus exposé à ce que son petit pécule, gagné, on peut le dire, à la sueur de son corps, et qu’il portait dans la poche de sa houppelande, lui fût volé en route. En réalité, l’acquisition d’un coffre-fort n’était pas si indispensable qu’il le prétendait pour mettre sa fortune en sûreté ; mais, s’il y tenait, c’était en prévision d’un grand voyage à travers les territoires du Far-West, moins gardés que la région californienne — voyage qui devait le ramener en Europe.

M. Cascabel cheminait ainsi, sans inquiétude, le long des rues larges et propres de la ville. Çà et là, des squares magnifiques, ombragés de beaux arbres encore sans feuillage, des hôtels et des maisons particulières, bâties avec autant d’élégance que de confort, des édifices publics d’architecture anglo-saxonne, de nombreuses églises monumentales, qui donnent grand air à cette capitale de la Californie. Partout, des gens affairés, négociants, armateurs, industriels, les uns attendant l’arrivée des navires qui descendent ou remontent le fleuve dont les eaux s’épanchent vers le Pacifique, les autres, assiégeant le rail-road de Folsom, qui envoie ses trains vers l’intérieur de la Confédération.

C’était du côté de High-street que se dirigeait M. Cascabel, en sifflotant une fanfare française. Dans cette rue, il avait déjà remarqué le magasin d’un rival des Fichet et des Huret, les célèbres fabricants parisiens de coffres-forts. Là, William J. Morlan vendait bon et pas cher — au moins relativement — étant donné le prix excessif de toutes choses dans les États-Unis d’Amérique.