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Page:Verne - César Cascabel, 1890.djvu/143

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sitka.


— Oh ! répondit M. Serge, un géographe, au milieu des pays qu’il ne connaît pas, est très embarassé pour trouver sa route. Mais, avec ses cartes, mon ami Jean s’en est bien tiré jusqu’ici et, à nous deux, j’espère que nous ferons de la bonne besogne. D’ailleurs, j’ai une idée dont je vous entretiendrai plus tard… »

Du moment que M. Serge avait une idée, elle ne pouvait être qu’excellente, et on lui laissa tout le temps de la mûrir pour la mettre à exécution.

L’argent ne manquant point, M. Cascabel renouvela ses provisions en farine, graisse, riz, tabac, et surtout en thé dont on fait une consommation excessive dans la province alaskienne. Il se procura en outre des jambons, du corned-beef, des biscuits, et une certaine quantité de conserves de ptarmigan au dépôt de la Compagnie russo-américaine. L’eau ne ferait pas défaut en route avec les affluents du Youkon ; mais elle n’en serait que meilleure si elle était additionnée d’un peu de sucre et de cognac ou plutôt de « vodka », sorte d’eau-de-vie très appréciée des Russes. Aussi acheta-t-on sucre et vodka autant qu’il en fallait. Quant au combustible, bien que les forêts dussent le fournir, la Belle-Roulotte emporta une tonne d’excellent charbon de Vancouver, rien qu’une tonne, car il ne fallait pas la surcharger outre mesure.

Entre-temps, le deuxième compartiment avait été aménagé pour recevoir un cadre supplémentaire, dont M. Serge voulait se contenter, et qui fut garni d’une bonne literie. On fit également emplette de couvertures et de ces fourrures de lièvre, si en usage chez les Indiens pendant l’hiver. De plus, pour le cas où il serait nécessaire d’acheter quelques objets en route, M. Serge se munit de ces verroteries, cotonnades, couteaux et ciseaux à bon marché, qui forment la monnaie courante entre trafiquants et indigènes.

Comme il était permis de compter sur la chasse, puisque le gros gibier, daims et rennes, le petit gibier, lièvres, coqs de bruyère, oies et perdrix abondent sur le territoire, poudre et plomb furent acquis en quantité convenable. M. Serge put même se procurer deux fusils et une carabine, qui complétèrent l’arsenal de la Belle-Roulotte. Il