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Page:Verne - César Cascabel, 1890.djvu/142

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césar cascabel.


Il fit alors connaissance avec les autres artistes de la troupe, les deux chiens, qui vinrent se frotter doucement à ses jambes, Jako, qui le salua d’un « Ça va bien, monsieur Serge ? » que lui avait appris Sandre, puis John Bull, dont il voulut bien agréer les meilleures grimaces. Il n’est pas jusqu’au deux vieux chevaux, Gladiator et Vermout, qui ne hennirent joyeusement, quand il les gratifia d’un morceau de sucre. Désormais M. Serge était de la famille, aussi bien que la jeune Kayette. Il avait déjà remarqué le caractère sérieux, l’esprit appliqué, les tendances au-dessus de sa condition, qui distinguaient le fils aîné. Sandre et Napoléone le charmaient par leur grâce et leur vivacité. Clou l’amusait par sa bonne et honnête bêtise. Quant à M. et à Mme Cascabel, il n’en était plus à apprécier leurs vertus domestiques. C’était décidément des gens de cœur auxquels il avait affaire.

On s’occupait activement des préparatifs du prochain départ. Il s’agissait de ne rien négliger pour assurer le succès de ce voyage sur un parcours de cinq cents lieues depuis Sitka jusqu’au détroit de Behring. Ce pays, presque inconnu, n’offrait pas de grands dangers, il est vrai, ni de la part des fauves ni de la part des Indiens nomades ou sédentaires, et il serait loisible de faire halte aux différentes factoreries, occupées par les employés des compagnies de fourrures. L’important, c’était de pourvoir aux besoins quotidiens de la vie à travers une contrée dont les ressources, en dehors de la chasse, devaient être à peu près nulles.

Il va de soi que la famille eut à discuter ces questions avec M. Serge.

« En premier lieu, dit M. Cascabel, il faut tenir compte de cette circonstance, c’est que nous n’aurons point à voyager pendant la mauvaise saison.

— Cela est heureux, répondit M. Serge, car ils sont cruels, les hivers, de l’Alaska sur la limite du Cercle polaire !

— Et puis, nous n’irons pas en aveugles, ajouta Jean. M. Serge doit être un savant géographe…