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Page:Verne - César Cascabel, 1890.djvu/14

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fortune faite.


— Peut-être un coffret suffirait-il ?…

— Voilà bien les femmes ! s’écria M. Cascabel. Un coffret, c’est pour les bijoux ! Une caisse, ou tout au moins, un coffre-fort, c’est pour l’argent, et, comme nous avons à faire un long voyage avec nos dix mille francs…

— Va donc acheter ton coffre-fort, mais marchande bien ! » répondit Cornélia.

Le chef de la famille ouvrit la porte de cette voiture, « superbe et conséquente », qui lui servait de maison foraine, il descendit le marche-pied de fer fixé aux brancards, et prit à travers les rues qui convergent vers le centre de Sacramento.

Au mois de février, il fait froid en Californie, quoique cet État soit situé à la même latitude que l’Espagne. Mais, serré dans sa bonne houppelande doublée de fausse martre, son bonnet de fourrure enfoncé jusqu’aux oreilles, M. Cascabel ne s’inquiétait guère de la température, et marchait d’un pas joyeux. Un coffre-fort, être possesseur d’un coffre-fort, avait été le rêve de toute sa vie : ce rêve allait se réaliser enfin !

On était au début de l’année 1867.

Dix-neuf ans avant cette époque, le territoire actuellement occupé par la ville de Sacramento n’était qu’une vaste et déserte plaine. Au centre s’élevait un fortin, une sorte de blockhaus, bâti par les settlers, les premiers trafiquants, dans le but de protéger leurs campements contre les attaques des Indiens de l’Ouest-Amérique. Mais depuis cette époque, après que les Américains eurent enlevé la Californie aux Mexicains, qui furent incapables de la défendre, l’aspect du pays s’était singulièrement modifié. Le fortin avait fait place à une ville — maintenant l’une des plus importantes des États-Unis, bien que l’incendie et les inondations eussent, à plusieurs reprises, détruit la cité naissante.

Donc, en cette année 1867, M. Cascabel n’avait plus à redouter les incursions des tribus indiennes, ni même les agressions de ce ramassis de bandits cosmopolites, qui envahirent la province en 1849,