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Page:Verne - César Cascabel, 1890.djvu/139

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sitka.

à faire par l’ouest ce qu’ils ne pouvaient plus faire par l’est. Ils avaient alors tourné vers le couchant la façade de leur maison roulante et traversé l’État de Californie, l’Oregon, le Territoire de Washington, la Colombie, pour s’arrêter sur la frontière de l’Alaska. Là, enfin, devant les injonctions formelles de l’administration russe, impossible de passer — circonstance heureuse en somme, puisque cette interdiction leur avait permis de porter secours à M. Serge. Et voilà pourquoi des forains français, et même normands par le chef de la famille, se trouvaient à Sitka, grâce à cette annexion de l’Alaska aux États-Unis, qui leur avait ouvert les portes de la nouvelle possession américaine.

M. Serge avait donné au récit du jeune homme le plus grand intérêt et, lorsqu’il apprit que M. Cascabel se proposait de regagner l’Europe en traversant toute la Sibérie asiatique, il eut un léger mouvement de surprise, dont personne, d’ailleurs, n’aurait pu comprendre la signification.

« Ainsi, mes amis, dit-il, lorsque Jean eut achevé son histoire, votre intention, en quittant Sitka, est de vous diriger vers le détroit de Behring ?

— Oui, monsieur Serge, répondit Jean, et de le traverser, lorsqu’il sera pris par les glaces.

— C’est un long et pénible voyage que vous avez entrepris là, monsieur Cascabel !

— Long, oui, monsieur Serge ! Pénible, il le sera, c’est probable. Que voulez-vous ? nous n’avions pas le choix. Et puis, des saltimbanques ne regardent guère à la peine, nous sommes habitués à courir le monde !

— Je pense bien que, dans ces conditions, vous ne comptez pas atteindre la Russie cette année ?…

— Non, répondit Jean, car le détroit ne sera pas franchissable avant les premiers jours d’octobre.

— En tout cas, reprit M. Serge, ce n’en est pas moins un projet aventureux et hardi…