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Page:Verne - César Cascabel, 1890.djvu/134

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césar cascabel.


La Belle-Roulotte s’était arrêtée à l’entrée de Sitka, à l’extrémité d’une promenade plantée d’arbres, qui se prolonge jusqu’aux massifs de la forêt. C’est là que le docteur Harry, qui fut indiqué à M. Cascabel, vint visiter le Russe.

Ayant fait un examen très attentif de la blessure, le docteur déclara qu’elle n’avait rien de très grave, le coup de poignard ayant été dévié par une côte. Aucun organe important n’avait été atteint et, grâce aux compresses d’eau fraîche, grâce au suc des herbes récoltées par la jeune Indienne, la cicatrisation, commencée déjà, serait bientôt suffisamment avancée pour permettre au blessé de se lever. Il allait aussi bien que possible et pouvait, dès à présent, prendre nourriture. Mais, très certainement, si Kayette ne l’avait pas rencontré, si l’épanchement du sang n’eût été arrêté par les soins de Mme Cascabel, il serait mort quelques heures après l’attentat commis sur sa personne.

De plus, le docteur Harry dit que, suivant lui, le meurtre devait être l’œuvre de certains affidés de la bande Karnof ou de Karnof lui-même, dont la présence avait été signalée dans l’est de la province. Ce Karnof était un malfaiteur d’origine moscovite ou plutôt sibérienne, ayant sous ses ordres une troupe de déserteurs, comme il s’en rencontre dans les possessions russes de l’Asie et de l’Amérique. En vain des primes avaient-elles été offertes pour la capture de la bande. Ces coquins, aussi redoutés que redoutables, avaient échappé jusqu’alors. Et pourtant, des crimes fréquents, vols et assassinats, avaient répandu la terreur, principalement dans la partie méridionale du territoire. La sécurité des voyageurs, des trafiquants, des employés des compagnies de fourrures, n’était plus garantie, et c’était à des affidés de Karnof que devait être attribué ce nouveau crime.

Lorsqu’il se retira, le docteur Harry laissa la famille très rassurée sur l’état de son hôte.

En se rendant à Sitka, l’intention de M. Cascabel avait toujours été de s’y reposer pendant quelques jours — repos bien dû à son person-