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Page:Verne - César Cascabel, 1890.djvu/126

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césar cascabel.

« Ma mère a raison, dit Jean. Essayons d’atteindre Sitka, même sans chercher à obtenir des agents une autorisation qu’ils ne donneraient pas. Ce serait perdre du temps. D’ailleurs, il est probable qu’ils nous croient repartis pour Sacramento et se soient éloignés. Depuis vingt-quatre heures, nous n’en avons par aperçu un seul. Ils n’ont pas même été attirés par les détonations d’hier soir…

— C’est vrai, répondit M. Cascabel, et je ne serais pas surpris qu’ils se fussent retirés…

À moins que…, fit observer Clou, qui était venu prendre part à la conversation.

— Oui… à moins que… C’est entendu ! » répliqua M. Cascabel.

L’observation de Jean était juste, et peut-être n’y avait-il rien de mieux à faire que de prendre le chemin de Sitka.

Un quart d’heure écoulé, Vermout et Gladiator étaient attelés. Bien reposés durant cette halte prolongée sur la frontière, ils pourraient fournir une solide traite pendant cette première journée de marche. La Belle-Roulotte partit et ce fut avec une satisfaction peu déguisée que M. Cascabel abandonna le territoire colombien.

« Enfants, dit-il, ouvrons l’œil et que ce soit le bon ! Quant à toi, Jean, impose silence à ton fusil ! Il est tout à fait inutile de signaler notre passage…

— Et d’ailleurs la cuisine ne chômera pas !… » ajouta Mme Cascabel.

Le pays, au nord de la Colombie, quoiqu’il soit assez accidenté, était d’un cheminement facile, même en côtoyant ces nombreux canaux qui séparent les archipels sur la lisière du continent. Pas de montagnes en vue jusqu’aux dernières limites de l’horizon. Parfois, mais très rarement, une ferme isolée, à laquelle la famille se gardait bien de rendre visite. Ayant bien étudié la carte du pays, Jean se débrouillait assez aisément, et il espérait atteindre Sitka sans recourir aux services d’un guide.

Mais, ce qui importait avant tout, c’était de ne rencontrer aucun agent, ni ceux de la frontière, ni ceux de l’intérieur. Or, dans ce