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Page:Verne - César Cascabel, 1890.djvu/123

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kayette


C’étaient les mêmes cris qui étaient parvenus jusqu’au campement de la Belle-Roulotte.

Aussitôt, Kayette s’était courageusement élancée vers la lisière du bois.

Et, sans doute, son approche avait dû donner l’alarme, car c’est à peine si elle avait pu entrevoir deux hommes qui s’enfuyaient à travers les fourrés. Mais, évidemment, ces misérables n’auraient pas tardé à s’apercevoir qu’ils avaient pris peur d’une enfant ; et, en effet, ils revenaient déjà vers la clairière pour dépouiller leurs victimes quand l’arrivée de M. Cascabel et des siens les avait effrayés — sérieusement, cette fois.

En présence de ces deux hommes gisant sur le sol, l’un à l’état de cadavre, l’autre dont le cœur battait encore, Kayette avait appelé au secours, et l’on sait ce qui s’était passé. Les premiers cris, entendus par M. Cascabel, c’étaient ceux des voyageurs assassinés ; les seconds, c’étaient ceux de la jeune Indienne.

La nuit s’écoula. La Belle-Roulotte n’eut point à repousser une agression des meurtriers, qui, sans doute, s’étaient hâtés de fuir le lieu du crime.

Le lendemain, Cornélia ne constata rien de nouveau dans la situation du blessé, qui semblait toujours aussi inquiétante.

Dans cette circonstance, Kayette se montra fort utile, en allant cueillir certaines herbes dont elle connaissait les qualités antiseptiques. Elle les fit infuser et, trempées dans cette infusion, de nouvelles compresses furent posées sur la plaie, qui ne laissait plus échapper une goutte de sang.

Pendant la matinée, on put observer que le blessé commençait à respirer plus facilement ; mais ce n’étaient que des soupirs — pas même de vagues paroles entrecoupées — qui s’échappaient de ses lèvres. Ainsi il était impossible d’apprendre qui il était, d’où il venait, où il allait, ce qu’il faisait sur la frontière alaskienne, dans quelles conditions son compagnon et lui avaient été attaqués, et quels étaient leurs agresseurs.