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Page:Verne - César Cascabel, 1890.djvu/118

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kayette


« Venez !… Venez !… Ils les ont tués !… »

Jean s’approcha de cette femme effarée, couverte du sang échappé de la poitrine de ce malheureux qu’elle essayait de rappeler à la vie.

« Celui-ci respire encore ! dit Jean.

— Et l’autre ?… demanda M. Cascabel.

— L’autre… je ne sais !… » répondit Sandre.

M. Cascabel vint écouter si les battements du cœur et le souffle des lèvres décelaient du moins un reste de vie chez cet homme.

« Il est bien mort ! » dit-il.

Il l’était, en effet, ayant eu la tempe traversée d’une balle qui l’avait foudroyé.

Maintenant, quelle était cette femme, dont le langage indiquait l’origine indienne ? Était-elle jeune ou vieille ? on ne pouvait le voir dans l’obscurité, sous le capuchon qui se rabattait sur sa tête. Mais cela, on l’apprendrait plus tard ; elle dirait d’où elle venait, et aussi dans quelles conditions ce double meurtre avait été commis. Le plus urgent, c’était de transporter au campement l’homme qui respirait encore, et de lui donner des soins dont la promptitude le sauverait peut-être. Quant au cadavre de son compagnon, on reviendrait le lendemain lui rendre les derniers devoirs.

M. Cascabel, aidé de Jean, souleva le blessé par les épaules, tandis que Sandre et Clou le prenaient par les pieds. Puis, se retournant vers la femme :

« Suivez-nous », lui dit-il.

Et celle-ci, sans hésiter, se mit à marcher près du corps, étanchant, avec un morceau d’étoffe, le sang qui coulait toujours de sa poitrine.

On ne put aller rapidement. L’homme était lourd, et il fallait surtout prendre garde à lui éviter des secousses. C’était un vivant que M. Cascabel voulait ramener au campement de la Belle-Roulotte, non un mort.

Enfin, au bout de vingt minutes, tous y arrivèrent, sans avoir fait aucune mauvaise rencontre.