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Page:Verne - César Cascabel, 1890.djvu/117

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césar cascabel.

alaskienne. Dès lors il était prudent de se tenir prêt à se défendre soi-même comme à défendre autrui.

Presque aussitôt, M. Cascabel et Jean, munis chacun d’un fusil, Sandre et Clou, armés l’un et l’autre d’un revolver, quittaient la Belle-Roulotte, que Cornélia et les deux chiens devaient garder jusqu’à leur retour.

Ils suivirent, pendant cinq à six minutes, la lisière du bois. De temps en temps ; ils s’arrêtaient pour prêter l’oreille : nul bruit ne troublait le calme de la forêt. Ils étaient certains pourtant que les cris étaient venus de cette direction et d’une distance assez rapprochée.

« À moins que nous n’ayons été les jouets d’une illusion ?… fit observer M. Cascabel.

— Non, père, répondit Jean, ce n’est pas possible ! Ah !… entends-tu ?… »

Cette fois, ce fut bien un appel, — non plus un appel fait par une voix d’homme, comme l’avait été le premier, mais par une voix de femme ou d’enfant.

La nuit était très obscure et, sous l’ombre des arbres, on ne voyait rien au-delà de quelques mètres. Clou avait bien proposé de prendre un des fanaux de la voiture ; mais M. Cascabel s’y était opposé par prudence et, en somme, mieux valait ne point être aperçus pendant le trajet.

D’ailleurs les appels redoublaient, ils devenaient assez distincts pour qu’il fût facile de se guider en relevant leur direction. Il devait même croire qu’il n’y aurait pas lieu de s’engager dans les profondeurs du bois.

En effet, cinq minutes après, M. Cascabel, Jean, Sandre et Clou étaient arrivés à l’entrée d’une petite clairière… Là, deux hommes gisaient sur le sol. Une femme, agenouillée près de l’un d’eux, lui soutenait la tête entre ses bras.

C’était cette femme dont les cris avaient été entendus en dernier lieu et, dans le langage chinouk que comprenait quelque peu M. Cascabel, elle s’écria :