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Page:Verne - César Cascabel, 1890.djvu/115

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césar cascabel.

de l’Atlantique ! Une fois à New York, que ferait-on ? Peut-être quelques âmes charitables provoqueraient-elles une souscription afin d’aider au rapatriement de la famille ? Quelle humiliation pour ces braves gens, qui avaient toujours vécu de leur travail, qui n’avaient jamais tendu la main, de descendre jusqu’à recevoir une aumône ! Ah ! les misérables gueux qui leur ont volé leur petite fortune dans les passes de la sierra Nevada !

« S’ils ne se font pas pendre en Amérique, ou garroter en Espagne, ou guillotiner en France, ou empaler en Turquie, répétait M. Cascabel, c’est qu’il n’y a plus de justice en ce bas monde ! »

Enfin il se décida.

« Nous partirons demain ! dit-il dans la soirée du 4 juin. Nous retournerons à Sacramento, et ensuite… »

Il n’acheva pas sa phrase. À Sacramento, on verrait. D’ailleurs, tout était prêt pour le départ. Il n’y avait qu’à atteler, puis à tourner la tête des chevaux dans la direction du sud.

Cette dernière soirée sur la frontière de l’Alaska fut plus triste encore. Chacun se tenait dans son coin, sans parler. L’obscurité était profonde. De gros nuages en désordre sillonnaient le ciel, semblables à des glaçons en dérive qu’une forte brise chassait vers l’est. Le regard ne pouvait s’accrocher à aucune étoile, et le croissant de la nouvelle lune venait de s’éteindre derrière les hautes montagnes de l’horizon.

Il était environ neuf heures, lorsque M. Cascabel donna à son personnel l’ordre d’aller se coucher. Le lendemain, on partirait avant le jour. La Belle-Roulotte reprendrait la route qu’elle avait suivie depuis Sacramento et, même sans l’aide d’un guide, il ne serait pas difficile de se diriger. Les sources du Fraser une fois atteintes, il n’y aurait qu’à descendre la vallée jusqu’à la frontière du Territoire de Washington.

En conséquence, Clou se disposait à fermer la porte du premier compartiment, après avoir dit bonsoir aux deux chiens, lorsqu’une détonation éclata à courte distance.