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Page:Verne - César Cascabel, 1890.djvu/101

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césar cascabel.


Il ne faudrait pourtant pas s’imaginer que M. Cascabel eût digéré les insultes de la veille. Quitter ce village sans avoir payé à ce baronnet ce qu’il lui devait, c’était dur pour un Normand aussi français que patriote.

« Voilà ce que c’est, répétait-il, que de mettre le pied dans un pays de John Bull. »

Mais, s’il eut la velléité d’aller faire un tour du côté du village avec l’espoir d’y rencontrer sir Edward Turner, s’il jeta plus d’un regard sur les volets fermés de la maison qu’habitait ce gentleman, il n’osa pas s’éloigner de la terrible Cornélia. Elle ne le quittait pas d’un instant.

« Où vas-tu, César ?… Reste ici, César !… Je te défends de bouger, César ! »

M. Cascabel n’entendait que cela. Jamais il ne s’était trouvé à ce point sous la domination de l’excellente et impérieuse compagne de sa vie.

Par bonheur, grâce à des injonctions réitérées, les préparatifs furent rapidement achevés et l’attelage prit place aux brancards. À quatre heures du matin, chiens, singe et perroquet, mari, fils et fille, tous étaient installés dans les compartiments de la Belle-Roulotte, sur le devant de laquelle Cornélia s’était assise. Puis, dès que Clou et le guide se furent mis à la tête des chevaux, le signal du départ fut donné.

Un quart d’heure après, le village des Coquins avait disparu derrière le rideau des grands arbres qui lui faisaient ceinture. C’est à peine si le jour commençait à poindre. Tout était silencieux. Pas un être vivant à la surface de la longue plaine, qui s’allongeait dans la direction du nord.

Et enfin, lorsqu’il fut bien constant que le départ s’était effectué sans avoir attiré l’attention de personne dans le village, lorsque Cornélia eut cette complète assurance que ni les Indiens ni les Anglais ne songeaient à lui barrer la route, elle poussa un long soupir de satisfaction, dont son mari se sentit peut-être quelque peu blessé.