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être, mais rien n’est moins certain. Du reste, si nous passons plus près de Tycho, nous serons mieux placés pour reconnaître la cause de ce rayonnement.

– Savez-vous, mes amis, à quoi ressemble cette plaine vue de la hauteur où nous sommes ? dit Michel.

– Non, répondit Nicholl.

– Eh bien, avec tous ces morceaux de laves allongés comme des fuseaux, elle ressemble à un immense jeu de jonchets jetés pêle-mêle. Il ne manque qu’un crochet pour les retirer un à un.

– Sois donc sérieux ! dit Barbicane.

– Soyons sérieux, répliqua tranquillement Michel, et au lieu de jonchets, mettons des ossements. Cette plaine ne serait alors qu’un immense ossuaire sur lequel reposeraient les dépouilles mortelles de mille générations éteintes. Aimes-tu mieux cette comparaison à grand effet ?

– L’une vaut l’autre, répliqua Barbicane.

– Diable ! tu es difficile ! répondit Michel.

– Mon digne ami, reprit le positif Barbicane, peu importe de savoir à quoi cela ressemble, du moment que l’on ne sait pas ce que cela est.

– Bien répondu, s’écria Michel. Cela m’apprendra à raisonner avec des savants ! »

Cependant, le projectile s’avançait avec une vitesse presque uniforme en prolongeant le disque lunaire. Les voyageurs, on l’imagine aisément, ne songeaient pas à prendre un instant de repos. Chaque minute déplaçait le paysage qui fuyait sous leurs yeux. Vers une heure et demie du matin, ils entrevirent les sommets d’une autre montagne. Barbicane, consultant sa carte, reconnut Ératosthène.

C’était une montagne annulaire haute de quatre mille cinq cents mètres, l’un de ces cirques si nombreux sur le satellite. Et, à ce propos, Barbicane rapporta à ses amis la singulière opinion de Képler sur la formation de ces cirques. Suivant le célèbre mathématicien, ces cavités cratériformes avaient dû être creusées par la main des hommes.

« Dans quelle intention ? demanda Nicholl.

– Dans une intention bien naturelle ! répondit Barbicane. Les Sélénites auraient entrepris ces immenses travaux et creusé ces énormes trous pour s’y réfugier et se garantir des rayons solaires qui les frappent pendant quinze jours consécutifs.

– Pas bêtes, les Sélénites ! dit Michel.

– Singulière idée ! répondit Nicholl. Mais il est probable que Képler ne connaissait pas les véritables dimensions de ces cirques, car les creuser eût été un travail de géants, impraticable pour des Sélénites !