Page:Verne - Autour de la Lune.djvu/98

Cette page a été validée par deux contributeurs.


En ce moment, le projectile dominait le cirque perpendiculairement. La circonvallation de Copernic formait un cercle presque parfait, et ses remparts très-escarpés se détachaient nettement. On distinguait même une double enceinte annulaire. Autour s’étalait une plaine grisâtre, d’aspect sauvage, sur laquelle les reliefs se détachaient en jaune. Au fond du cirque, comme enfermés dans un écrin, scintillèrent un instant deux ou trois cônes éruptifs, semblables à d’énormes gemmes éblouissantes. Vers le nord, les remparts se rabaissaient par une dépression qui eût probablement donné accès à l’intérieur du cratère.

En passant au-dessus de la plaine environnante, Barbicane put noter un grand nombre de montagnes peu importantes, et entre autres une petite montagne annulaire nommée Gay-Lussac, et dont la largeur mesure vingt-trois kilomètres. Vers le sud, la plaine se montrait très-plate, sans une extumescence, sans un ressaut du sol. Vers le nord, au contraire, jusqu’à l’endroit où elle confinait à l’Océan des Tempêtes, c’était comme une surface liquide agitée par un ouragan, dont les pitons et les boursouflures figuraient une succession de lames subitement figées. Sur tout cet ensemble et en toutes directions couraient les traînées lumineuses qui convergeaient au sommet de Copernic. Quelques-uns offraient une largeur de trente kilomètres sur une longueur inévaluable.

Les voyageurs discutaient l’origine de ces étranges rayons, et pas plus que les observateurs terrestres, ils ne pouvaient en déterminer la nature.

« Mais pourquoi, disait Nicholl, ces rayons ne seraient-ils pas tout simplement des contreforts de montagnes qui réfléchissent plus vivement la lumière du soleil ?

– Non, répondit Barbicane, s’il en était ainsi, dans certaines conditions de la Lune, ces arêtes projetteraient des ombres. Or, elles n’en projettent pas. »

En effet, ces rayons n’apparaissent qu’à l’époque où l’astre du jour se place en opposition avec la Lune, et ils disparaissent dès que ses rayons deviennent obliques.

« Mais qu’a-t-on imaginé pour expliquer ces traînées de lumières, demanda Michel, car je ne puis croire que des savants restent jamais à court d’explications !

– Oui, répondit Barbicane, Herschel a formulé une opinion, mais il n’osait l’affirmer.

– N’importe. Quelle est cette opinion ?

– Il pensait que ces rayons devaient être des courants de laves refroidis qui resplendissaient lorsque le soleil les frappait normalement. Cela peut