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Ces précautions étaient de deux sortes : les unes devaient amortir le coup au moment où le projectile toucherait le sol lunaire ; les autres devaient retarder sa chute et, par conséquent, la rendre moins violente.

Pour amortir le coup, il était fâcheux que Barbicane ne fût plus à même d’employer les moyens qui avaient si utilement atténué le choc du départ, c’est-à-dire l’eau employée comme ressort et les cloisons brisantes. Les cloisons existaient encore ; mais l’eau manquait, car on ne pouvait employer la réserve à cet usage, réserve précieuse pour le cas où, pendant les premiers jours, l’élément liquide manquerait au sol lunaire.

D’ailleurs, cette réserve eût été très-insuffisante pour faire ressort. La couche d’eau emmagasinée dans le projectile au départ, et sur laquelle reposait le disque étanche, n’occupait pas moins de trois pieds de hauteur sur une surface de cinquante-quatre pieds carrés. Elle mesurait en volume six mètres cubes et en poids cinq mille sept cent cinquante kilogrammes. Or, les récipients n’en contenaient pas la cinquième partie. Il fallait donc renoncer à ce moyen si puissant d’amortir le choc d’arrivée.

Fort heureusement, Barbicane, non content d’employer l’eau, avait muni le disque mobile de forts tampons à ressort, destinés à amoindrir le choc contre le culot après l’écrasement des cloisons horizontales. Ces tampons existaient toujours ; il suffisait de les rajuster et de remettre en place le disque mobile. Toutes ces pièces, faciles à manier, puisque leur poids était à peine sensible, pouvaient être remontées rapidement.

Ce fut fait. Les divers morceaux se rajustèrent sans peine. Affaire de boulons et d’écrous. Les outils ne manquaient pas. Bientôt le disque remanié reposa sur ses tampons d’acier, comme une table sur ses pieds. Un inconvénient résultait du placement de ce disque. La vitre inférieure était obstruée. Donc, impossibilité pour les voyageurs d’observer la Lune par cette ouverture, lorsqu’ils seraient précipités perpendiculairement sur elle. Mais il fallait y renoncer. D’ailleurs, par les ouvertures latérales, on pouvait encore apercevoir les vastes régions lunaires comme on voit la Terre de la nacelle d’un aérostat.

Cette disposition du disque demanda une heure de travail. Il était plus de midi quand les préparatifs furent achevés. Barbicane fit de nouvelles observations sur l’inclinaison du projectile ; mais à son grand ennui, il ne s’était pas suffisamment retourné pour une chute ; il paraissait suivre une courbe parallèle au disque lunaire. L’astre des nuits brillait splendidement dans l’espace, tandis qu’à l’opposé, l’astre du jour l’incendiait de ses feux.

Cette situation ne laissait pas d’être inquiétante.

« Arriverons-nous ? dit Nicholl.