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– Eh non ! mes amis, répondit vivement Michel, c’est moi qui ai voulu vous réveiller par cette vocalise champêtre ! »

Et ce disant, il poussa un splendide kokoriko qui eût fait honneur au plus orgueilleux des gallinacés.

Les deux Américains ne purent s’empêcher de rire.

« Un joli talent, dit Nicholl, regardant son compagnon d’un air soupçonneux.

– Oui, répondit Michel, une plaisanterie de mon pays. C’est très-gaulois. On fait, comme cela, le coq dans les meilleures sociétés ! »

Puis, détournant la conversation :

« Sais-tu, Barbicane, dit-il, à quoi j’ai pensé toute la nuit ?

– Non, répondit le président.

– À nos amis de Cambridge. Tu as déjà remarqué que je suis un admirable ignorant des choses mathématiques. Il m’est donc impossible de deviner comment les savants de l’Observatoire ont pu calculer quelle vitesse initiale devrait avoir le projectile en quittant la Columbiad pour atteindre la Lune.

– Tu veux dire, répliqua Barbicane, pour atteindre ce point neutre où les attractions terrestre et lunaire se font équilibre, car, à partir de ce point situé aux neuf dixièmes du parcours environ, le projectile tombera sur la Lune simplement en vertu de sa pesanteur.

– Soit, répondit Michel, mais, encore une fois, comment ont-ils pu calculer la vitesse initiale ?

– Rien n’était plus aisé, répondit Barbicane.

– Et tu aurais su faire ce calcul ? demanda Michel Ardan.

– Parfaitement. Nicholl et moi, nous l’eussions établi, si la note de l’Observatoire ne nous eût évité cette peine.

– Eh bien, mon vieux Barbicane, répondit Michel, on m’eût plutôt coupé la tête, en commençant par les pieds, que de me faire résoudre ce problème-là !

– Parce que tu ne sais pas l’algèbre, répliqua tranquillement Barbicane.

– Ah ! vous voilà bien, vous autres, mangeurs d’x ! Vous croyez avoir tout dit quand vous avez dit : l’algèbre.

– Michel, répliqua Barbicane, crois-tu qu’on puisse forger sans marteau ou labourer sans charrue ?

– Difficilement.

– Eh bien, l’algèbre est un outil, comme la charrue ou le marteau, et un bon outil pour qui sait l’employer.

– Sérieusement ?

– Très-sérieusement.