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« Eh bien, s’écria-t-il, et la Terre ?

– La Terre, dit Barbicane, la voilà.

– Quoi ! fit Ardan, ce mince filet, ce croissant argenté ?

– Sans doute, Michel. Dans quatre jours, lorsque la Lune sera pleine, au moment même où nous l’atteindrons, la Terre sera nouvelle. Elle ne nous apparaîtra plus que sous la forme d’un croissant délié qui ne tardera pas à disparaître, et alors elle sera noyée pour quelques jours dans une ombre impénétrable.

– Ça ! la Terre ! » répétait Michel Ardan, regardant de tous ses yeux cette mince tranche de sa planète natale.

L’explication donnée par le président Barbicane était juste. La Terre, par rapport au projectile, entrait dans sa dernière phase. Elle était dans son octant et montrait un croissant finement tracé sur le fond noir du ciel. Sa lumière, rendue bleuâtre par l’épaisseur de la couche atmosphérique, offrait moins d’intensité que celle du croissant lunaire. Ce croissant se présentait sous des dimensions considérables. On eût dit un arc énorme tendu sur le firmament. Quelques points, vivement éclairés, surtout dans sa partie concave, annonçaient la présence de hautes montagnes ; mais ils disparaissaient parfois sous d’épaisses taches qui ne se voient jamais à la surface du disque lunaire. C’étaient des anneaux de nuage disposés concentriquement autour du sphéroïde terrestre.

Cependant, par suite d’un phénomène naturel, identique à celui qui se produit sur la Lune lorsqu’elle est dans ses octants, on pouvait saisir le contour entier du globe terrestre. Son disque entier apparaissait assez visiblement par un effet de lumière cendrée, moins appréciable que la lumière cendrée de la Lune. Et la raison de cette intensité moindre est facile à comprendre. Lorsque ce reflet se produit sur la Lune, il est dû aux rayons solaires que la Terre réfléchit vers son satellite. Ici, par un effet inverse, il était dû aux rayons solaires réfléchis de la Lune vers la Terre. Or, la lumière terrestre est environ treize fois plus intense que la lumière lunaire, ce qui tient à la différence de volume des deux corps. De là, cette conséquence que, dans le phénomène de la lumière cendrée, la partie obscure du disque de la Terre se dessine moins nettement que celle du disque de la Lune, puisque l’intensité du phénomène est proportionnelle au pouvoir éclairant des deux astres. Il faut ajouter aussi que le croissant terrestre semblait former une courbe plus allongée que celle du disque. Pur effet d’irradiation.

Tandis que les voyageurs cherchaient à percer les profondes ténèbres de l’espace, un bouquet étincelant d’étoiles filantes s’épanouit à leurs yeux. Des centaines de bolides, enflammés au contact de l’atmosphère,