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comme ils le sont le dimanche, sur les railways de l’Union, et toutes les voies restèrent libres.

Seule une locomotive à grande vitesse, entraînant un wagon d’honneur, eut le droit de circuler pendant ces quatre jours sur les chemins de fer des États-Unis.

La locomotive, montée par un chauffeur et un mécanicien, portait, par grâce insigne, l’honorable J.-T. Maston, secrétaire du Gun-Club.

Le wagon était réservé au président Barbicane, au capitaine Nicholl et à Michel Ardan.

Au coup de sifflet du mécanicien, après les hurrah, les hip et toutes les onomatopées admiratives de la langue américaine, le train quitta la gare de Baltimore. Il marchait avec une vitesse de quatre-vingts lieues à l’heure. Mais qu’était cette vitesse comparée à celle qui avait entraîné les trois héros au sortir de la Columbiad ?

Ainsi, ils allèrent d’une ville à l’autre, trouvant les populations attablées sur leur passage, les saluant des mêmes acclamations, leur prodiguant les mêmes bravos. Ils parcoururent ainsi l’est de l’Union à travers la Pennsylvanie, le Connecticut, le Massachusetts, le Vermont, le Maine et le Nouveau-Brunswick ; ils traversèrent le nord et l’ouest par le New-York, l’Ohio, le Michigan et le Wisconsin ; ils redescendirent au sud par l’Illinois, le Missouri, l’Arkansas, le Texas et la Louisiane ; ils coururent au sud-est par l’Alabama et la Floride ; ils remontèrent par la Georgie et les Carolines ; ils visitèrent le centre par le Tennessee, le Kentucky, la Virginie, l’Indiana ; puis, après la station de Washington, ils rentrèrent à Baltimore, et pendant quatre jours, ils purent croire que les États-Unis d’Amérique, attablés à un unique et immense banquet, les saluaient simultanément des mêmes hurrahs !

L’apothéose était digne de ces trois héros que la Fable eût mis au rang des demi-dieux.

Et maintenant, cette tentative sans précédents dans les annales des voyages amènera-t-elle quelque résultat pratique ? Établira-t-on jamais des communications directes avec la Lune ? Fondera-t-on un service de navigation à travers l’espace, qui desservira le monde solaire ? Ira-t-on d’une planète à une planète, de Jupiter à Mercure, et plus tard d’une étoile à une autre, de la Polaire à Sirius ? Un mode de locomotion permettra-t-il de visiter ces soleils qui fourmillent au firmament ?

À ces questions, on ne saurait répondre. Mais, connaissant l’audacieuse ingéniosité de la race anglo-saxonne, personne ne s’étonnera que les Américains aient cherché à tirer parti de la tentative du président Barbicane.