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convenu, et la Susquehanna promena sur l’espace d’un mille leur chambre suspendue à quelques mètres au-dessus du sol.

Ils explorèrent ainsi toute la plaine sous-marine, trompés à chaque instant par des illusions d’optique qui leur brisaient le cœur. Ici un rocher, là une extumescence du fond, leur apparaissaient comme le projectile tant cherché ; puis, ils reconnaissaient bientôt leur erreur et se désespéraient.

« Mais où sont-ils ? où sont-ils ? » s’écriait J.-T. Maston.

Et le pauvre homme appelait à grands cris Nicholl, Barbicane, Michel Ardan, comme si ses infortunés amis eussent pu l’entendre ou lui répondre à travers cet impénétrable milieu !

La recherche continua dans ces conditions, jusqu’au moment où l’air vicié de l’appareil obligea les plongeurs à remonter.

Le halage commença vers six heures du soir, et ne fut pas terminé avant minuit.

« À demain, dit J.-T. Maston, en prenant pied sur le pont de la corvette.

– Oui, répondit le capitaine Blomsberry.

– Et à une autre place.

– Oui. »

J.-T. Maston ne doutait pas encore du succès, mais déjà ses compagnons, que ne grisait plus l’animation des premières heures, comprenaient toute la difficulté de l’entreprise. Ce qui semblait facile à San-Francisco, paraissait ici, en plein Océan, presque irréalisable. Les chances de réussite diminuaient dans une grande proportion, et c’est au hasard seul qu’il fallait demander la rencontre du projectile.

Le lendemain, 24 décembre, malgré les fatigues de la veille, l’opération fut reprise. La corvette se déplaça de quelques minutes dans l’ouest, et l’appareil, pourvu d’air, entraîna de nouveau les mêmes explorateurs dans les profondeurs de l’Océan.

Toute la journée se passa en infructueuses recherches. Le lit de la mer était désert. La journée du 25 n’amena aucun résultat. Aucun, celle du 26.

C’était désespérant. On songeait à ces malheureux enfermés dans le boulet depuis vingt-six jours ! Peut-être, en ce moment, sentaient-ils les premières atteintes de l’asphyxie, si toutefois ils avaient échappé aux dangers de leur chute ! L’air s’épuisait, et, sans doute, avec l’air, le courage, le moral !

« L’air, c’est possible, répondait invariablement J.-T. Maston, mais le moral, jamais. »