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trique, compte les secondes et va nous lancer dans les espaces interplanétaires !…

— Assez, Michel, assez ! dit Barbicane d’une voix grave. Préparons-nous. Quelques instants seulement nous séparent d’un moment suprême. Une poignée de main, mes amis.

— Oui », s’écria Michel Ardan, plus ému qu’il ne voulait le paraître.

Ces trois hardis compagnons s’unirent dans une dernière étreinte.

« Dieu nous garde ! » dit le religieux Barbicane.

Michel Ardan et Nicholl s’étendirent sur les couchettes disposées au centre du disque.

« Dix heures quarante sept ! » murmura le capitaine.

Vingt secondes encore ! Barbicane éteignit rapidement le gaz et se coucha près de ses compagnons.

Le profond silence n’était interrompu que par les battements du chronomètre frappant la seconde.

Soudain, un choc épouvantable se produisit, et le projectile, sous la poussée de six milliards de litres de gaz développés par la déflagration du pyroxyle, s’enleva dans l’espace.

CHAPITRE II

la première demi-heure



Que s’était-il passé ? Quel effet avait produit cette effroyable secousse ? L’ingéniosité des constructeurs du projectile avait-elle obtenu un résultat heureux ? Le choc s’était-il amorti, grâce aux ressorts, aux quatre tampons, aux coussins d’eau, aux cloisons brisantes ? Avait-on dompté l’effrayante poussée de cette vitesse initiale de onze mille mètres qui eût suffi à traverser Paris ou New York en une seconde ? C’est évidemment la question que se posaient les mille témoins de cette scène émouvante. Ils oubliaient le but du voyage pour ne songer qu’aux voyageurs ! Et si quelqu’un d’entre eux — J. T. Maston, par exemple, — eût pu jeter un regard à l’intérieur du projectile, qu’aurait-il vu ?

Rien alors. L’obscurité était profonde dans le boulet. Mais ses parois cylindro-coniques avaient supérieurement résisté. Pas une déchirure, pas une flexion, pas une déformation. L’admirable projectile ne s’était même